Cynthia BRESOLIN Bordeaux
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Publié le 12 mars 2014
Inspiré des huit années de séquestration de Natasha Kampusch par Wolfgang Priklopil, SStockholm racontre la relation aussi tragique que révoltante, dérangeante que difficilement supportable d'un bourreau et sa victime.

Après avoir traversé un long couloir noir, le spectateur pénètre, par l’unique porte d’entrée, dans ce qui s'apparente à une cave. Cet espace huis-clos austère à l'odeur de terre chaude et étouffante, éclairé par trois néons blanchâtres, exhale une ambiance claustrophobe. Le décor ainsi planté, la jauge réduite rend compte d’une proximité qui plonge dès le départ le spectateur-voyeur au cœur de l’enfermement déployant et poussant à leur paroxysme les travers des rapports humains.

Aussitôt, s’engage, entre une victime et son bourreau, une danse machiavélique et ambiguë qui tourne jusqu’à l’enivrement et la puissance (chez le bourreau) et la perte de conscience de soi (chez la victime). Le sentiment amoureux, ciment de la pièce, est lui-même totalement altéré n'étant pas sincère et partagé, mais clinique d’un côté, souillé de l’autre.

Parce que le lieu est exigu, le spectateur est mal à l’aise et, pris d'empathie, tourne en rond comme un lion en cage au même rythme que la victime. Petit à petit, se révèlent des réactions victime/bourreau, précipitant la situation vers le tragique et dévoilant un quotidien insupportable. Mais pourrait-il en être autrement dans de telles circonstances ?

« Docile du bout de cils » répète-t-elle comme un leitmotiv: parfois résignée ou ironique, Solveig (la victime) est contrainte sous le joug de son bourreau, d'oublier son prénom pour ne répondre qu'à celui de Violaine. L'ayant ainsi renommée, le bourreau projette-t-il de la vider de sa personnalité, comme pour la décharner encore plus de l’intérieur ?

Portée par l’envie de survivre à son tortionnaire, de s’extirper hors de soi, comme hors de cette prison étriquée, Solveig se crée une porte de sortie en inventant des stratagèmes là où tout espoir semble totalement compromis. Pied et points liés par l’exiguïté du lieu, l’obligation d’obéir pour se sustenter et ne pas mourir, se donner physiquement pour ne pas être frappée.

Mais Solveig est une braise incandescente. Bien que méthodiquement et sans cesse recouverte par un tas de cendres d'humiliations, elle s’entête dans la répétition auto-persuasive, à voix haute, à la limite de la folie, afin de se convaincre qu’elle n’est pas encore tout à fait morte.

Ce souffle est précisément la brise de vie qui ravive son étincelle et l’ultime espoir de revoir le jour pour recoller au monde extérieur. Cette force de conviction devient donc le salut de sa mémoire, pour ne pas oublier qui elle est. La répétition se fait le rempart de sa propre survie qui lui permet de ne pas sombrer dans la spirale de sa perte.

Au même moment et en réaction, dès lors que le tourmenteur  entrevoit la moindre once de rébellion ou de vie chez Solveig, sentant sa victime lui échapper, sa violence et sa colère  se réveillent sans appel.
Si le tragique et la férocité de cet enfermement désemparent le spectateur, elle dépasse le bourreau lui-même, lucide sur cette situation qui, quelle qu’elle soit, aura assurément une issue fatale.

SStockholm
Bordeaux Du 04/03/2014 au 21/03/2014 à 20h00 Glob Théâtre 69, rue Joséphine Téléphone : 05 56 69 85 13. Site du théâtre Réserver  

SStockholm

de Solenn Denis

Théâtre
Mise en scène : Collectif Denisyak
 
Avec : Erwan Daouphars, Faustine Tournan

Scénographie Philippe Casaban, Eric Charbeau
Création lumières
Yannick Anché
Création sonore Jean-Marc Montera
Regard extérieur Alain Gonotey

Durée : 1h30 Photo : © Solenn Denis  

Production Compagnie du Soleil Bleu (dans le cadre de la Pépinière du Soleil Bleu)

Partenaires La Chartreuse (Villeneuve lez Avignon), La Fabrique Ephéméride – Val de Reuil