Publié le 12 février 2014
Rendre des comptes. Voici l'un des adages plus qu'actuels dont s'empare Pascale Henry avec son nouveau spectacle. En une mise en scène d'une sobriété frissonnante, 'À demain' est ce projectile incisif lancé à la figure de notre société contemporaine. On en sort sens dessus dessous, avec beaucoup d'interrogations.

Le dépouillement est une violence à laquelle on ne réchappe pas  ; elle saute aux yeux dès le début du spectacle. Sur le plateau, un carré divisé en deux parties séparées par des pointillés  : dans la première, un homme (Julien  Anselmino) assis sur une chaise, en parka, de dos, et, dans la seconde, une femme (Marie-Sonha Condé), assise aussi, en costume. 

Son rôle  : poser des questions à cet homme puis «  rendre des comptes  » à sa supérieure boulimique et angoisée (Aurélie Vérillon). Son erreur  : avoir eu un élan humain pour cet homme au mépris de l'efficacité et du résultat, autant d'éléments régissant, semble-t-il, nos vies d'Occidentaux (avec la majuscule, bien entendu...).

C'est dans ce cadre d'une extrême froideur, sorte de no man's land théâtral, que se déroule la pièce. On ne sait rien  : ni de l'origine de cette situation, ni des personnages. Et c'est toute la force d' À Demain  que de ne pas s'inscrire dans un lieu et un temps déterminés mais de laisser au trouble toute sa puissance. Le travail sur la lumière et le son contribue d'ailleurs excellemment bien à nourrir le sentiment d'étrangeté  : presque cinématographiques, les tableaux s'enchaînent avec des fondus au noir, des images statiques... certaines somptueuses, sans conteste !

Un miroir de notre société

Incarnant cette femme qui prend le temps pour parler et tente encore d'aider, malgré son impuissance, Marie-Sonha Condé est remarquable par sa sobriété. Julien Anselmino, lui, en cet homme éreinté, est, dans ses quelques moments de jeu, d'une justesse effroyable, parfois, et franchement drôle, à d'autres reprises.

Quant à Aurélie Vérillon, le trait est un peu forcé  : en femme hyperactive, victime elle aussi du système qu'elle se doit de défendre, elle tombe parfois dans l'archétype du conformiste-salaud, coutumier des formes de théâtre "contestataires".

Pour un spectacle d'une heure, le tout est direct et sans complaisance. Pascale Henry pose de véritables questions sur notre limite d'acceptation de la douleur, de l'irrespect ou de la violence de la société. Et s'il y en a bien une, une de bon sens, qu'elle pose c'est  : jusqu'à quand va-t-on encore tenir comme ça  ? 

À demain
Paris Du 28/01/2014 au 16/02/2014 à du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h Théâtre de l"Aquarium La Cartoucherie Route du champ de manœuvre 75012 Paris Téléphone : 01.43.74.99.61. Site du théâtre Réserver  

À demain

de Pascale Henry

Théâtre
Mise en scène : Pascale Henry
 
Avec : Marie-Sonha Condé, Julien Anselmino, Aurélie Vérillon

Lumières : Léo Van Cutsem

Costumes : Hélène Kritikos

Son : Fred Soria, Laurent Buisson

Scénographie : Michel Rose, Pascale Henry

Régie générale : Lellia Chimento

Durée : 1h10 Photo : © DR  

Production : Compagnie Les voisins du dessous
Coproduction : CDN des Alpes, Théâtre Jean Vilar (Bourgoin Jallieu), Centre culturel Théo Argence (Saint Priest).
Soutien : Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Rhône-Alpes), Conseil régional Rhône-Alpes,
Conseil général de l’Isère, Ville de Grenoble                                                                                                             Aide : Ateliers de décor de la Ville de Grenoble