Tailleur pour dames
Corinne FRANCOIS-DENEVE Paris
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Publié le 17 novembre 2013
Un Feydeau en folie aux pieds des Buttes-Chaumont : un bien bel ouvrage de dames, d'hommes, et de dames-hommes.

C'est bien connu, Feydeau ne supporte pas la médiocrité : une direction poussive, des acteurs atones, et l'ensemble comique s'effondre. C'est encore plus vrai de "Tailleur pour dames", pièce "folle" où les médecins rêvent de tuer leurs malades, ou un domestique voudrait bien se glisser dans la robe de chambre ou le lit de son maître, où les portes claquent et les couples s'échangent, au point même que tout le monde finit par retrouver sa ou son légitime. 

Ce n'est donc pas un mince défi qu'ont relevé Samuel Glaumé et Marie Lagrée. Une fois dissipé le premier effet de surprise, lorsque l'on découvre des acteurs au visage passé au blanc de clown (et on craint un instant la fausse bonne idée du Feydeau façon "commedia dell'arte"), voilà que l'affaire s'engage, et se mène rondement.

Moulineaux a découché, et le voilà coincé, enferré dans son mensonge, poursuivi par une horde d'hystériques qui veulent à toute force le transformer en tailleur pour dames, rasé par un Bassinet envahissant, menacé par une redoutable belle-mère -- mais comment va-t-il bien s'en sortir? Tambour battant, l'intrigue se déroule, invraisemblablement réjouissante, et les acteurs débitent avec un abattage remarquable, et une diction qui ne l'est pas moins, des répliques qui font mouche.

Les femmes, qui généralement sont assez maltraitées chez Feydeau, sont ici campées avec assurance : du chien pour Aude Pons en Rosa/Pomponette, une ingénuité délicieusement geignarde pour Aurélie Noblesse en Yvonne, une redoutable séduction pour Marie Lagrée, toutes voiles rouges dehors, gambettes en avant. Même soin pour les seconds rôles : le gêneur irritant (Matthieu Kassimo), le beau militaire à rouflaquettes (Samuel Glaumé) et le valet plein d'ambition (Rémi Desennoix), qui, parfois, semble sortir de Cabaret, ce qui apporte à sa composition une aura d'inquiétante étrangeté. 

Pierre Vos est donc Moulineaux, l'infidèle au bout du rouleau. Il apporte à son rôle une irrésistible drôlerie, teintée d'un désespoir parfois poignant. Perruque en déroute, il est le couturier sans mètre, le mari sans parole, l'homme-objet soumis au désir des femmes. Il porte sans faillir la pièce, de bout en bout, tourbillonnant au rythme fou de Feydeau, virtuose des apparences et des accents. Edouard Michelon est donc... Madame d'Aigreville. Mère-poule, belle-mère envahissante, la créature transgenre est une Ma Dalton à l'opulente poitrine, qui dégage un comique irrésistible. 

On rit beaucoup, et sans retenue, à ce "Tailleur pour dames" : les portes claquent, et aucune ne tombe, les acteurs courent, et aucun ne se trompe ; tempo parfait, mécanique infernale, on ne peut que saluer le travail de la jeune troupe.

Paris Du 01/10/2013 au 31/12/2013 à 19 h 30 Théâtre Clavel 3 rue Clavel Téléphone : 01 42 38 22 58. Site du théâtre  

Tailleur pour dames

de Georges Feydeau

Théâtre
Mise en scène : Samuel Glaumé et Marie Lagrée
 
Avec : Aude Pons, Marie Lagrée, Elsa Briongos-Renaud, Aurélie Noblesse, Edouard Michelon, Matthieu Kassimo, Pierre Vos, Rémi Dessenoix, Lionel Rondeau, Samuel Glaumé.

Création Lumière : Julie Duquenoÿ

Création maquillage : Elsa Briongos Renaud

Créations costumes : Studio Mode

 

Durée : 1 h 10 Photo : © Pierre DOLZANI