Corinne FRANCOIS-DENEVE Avignon
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Publié le 20 juillet 2013
Manuel Pratt fait parler les fusillés pour l'exemple de 14-18

Le centenaire de la Grande Guerre approche, et avec lui son cortège de pièces inspirées de la « boucherie héroïque de 14-18 ». En la matière, Avignon est aux avants-postes. Les pièces sur 14-18 sont déjà là, avant le début des hostilités. Une « Victoire, fille du soldat inconnu », un « Apollinaire s'en va-t-en guerre 14-18 en chansons », un « 14-18, La fleur au fusil », un « Qui es-tu Fritz Haber? », et une « Tranchées », à ne pas confondre avec « Les Tranchées ».

Mais comment montrer cette guerre ? Comment la donner à entendre ? Comment sortir des clichés, en respectant le cahier des charges mémorielles ? Comment éviter le pathos facile, en laissant sourdre l'émotion ? Difficile exercice de style.

Manuel Pratt s'y est essayé. Dans un des plus petits théâtres d'Avignon, le bucolique La Tache d'encre, il se produit donc dans Les Tranchées,  avec la complicité de Jean-Marc Santini. Pas d'uniforme de poilu loué à une entreprise spécialisée, pas de bruit et de fureur, mais deux chaises sur un plateau nu, deux acteurs en pantalon noir et chemise blanche, et des lumières discrètes. 

Le propos de Pratt est transparent : il s'agit de dénoncer l'injustice faite aux mutins et à leur mémoire. Pour ce faire, Pratt a imaginé de convoquer une sorte de procès : un ancien soldat reconverti dans le journalisme s'en va demander des comptes à un général bouffi de certitudes. Les paroles du général sont tirées de vrais discours de Nivelle. On peut tiquer sur la maladresse didactique de cette confrontation parfois artificielle, au vocabulaire et au ton parfois anachroniques, mais jamais on ne remet en question son principe éthique. Le procès est interrompu par d'autres scènes : des personnages divers monologuent et racontent le moment déclencheur qui leur a fait dire non à la guerre. C'est dans ces passages que Pratt est à son meilleur. C'est la guerre à hauteur d'homme, celle des pêcheurs à la ligne du dimanche, des paysans à la Giono. Et à la fin, on paie l'acteur au chapeau. Voilà qui signale toute l'admirable honnêteté de l'entreprise. 

 

 

Les Tranchées
Avignon - Festival Off 2013 Du 07/07/2013 au 31/07/2013 à 11 h La Tache d'Encre 1 rue de la Tarasque 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 97 13 . Site du théâtre

Se joue les jours impairs. Paiement libre.

 

Les Tranchées

de Manuel PRATT

Histoire Théâtre
Mise en scène : Manuel PRATT
 
Avec : Manuel PRATT, Jean-Marc SANTINI
Durée : 1 h 10 Photo : © DR