Lapidée
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 18 juillet 2013
Aneke, une Hollandaise mariée à Abdul, un Yéménite, voit se refermer sur elle le piège ourdi par le poids culturel d’un milieu qui n’a pas évolué.

Depuis les attentats du 11 septembre, il est devenu évident, en Occident, que les règles religieuses d’un certain islam  prétendant interpréter le Coran à la lettre sont difficilement compatibles avec la pratique des droits de l’homme et plus encore de la femme. Jean Naguel, licencié en théologie, le démontre avec une pièce agencée comme une intrigue policière.

Abdul et Aneke se sont rencontrés en Hollande lors de leurs études de médecine. Ils se sont aimés, se sont mariés. Puis le mari a préféré le retour au pays natal où ils ont vécu, eu des enfants sans anicroche majeur. Jusqu’au jour où Abdul prétend épouser une seconde femme. Alors Aneke se révolte et tout se construit pour l’accuser de n’être pas fidèle.

Le scénario est simple. Les mentalités locales, ancrées dans des traditions ancestrales d’honneur viril à défendre prennent le pas sur le vécu occidental du couple. Tout devient univoque, sans nuance, simplement régi par une application intransigeante de coutumes irrévocables.

Désireux d’éviter un manichéisme simpliste, Jean Naguel met en présence Aneke (Caroline Guignard), l’Européenne abasourdie par ce qui lui arrive et la sœur aînée de l’époux (Nathalie Pfeiffer), alliée bravant du mieux qu’elle peut les interdits de son clan. Le dialogue qu’elle échange démontre peu à peu les éléments de vécu qui ont accru les différences culturelles entre l’esprit démocratique occidental et le repli identitaire conséquent d’une communauté montagnarde centrée sur ses coutumes draconiennes.

Au-delà de l’aspect dramatique mis en avant par l’auteur, ce qui apparaît et pose les vrais problèmes, c’est que le poids de l’enfance, éduquée selon une optique particulière reste fondamental dans le façonnage d’une personnalité et que, même adulte, même confronté à des mentalités autres, il est difficile de s’en défaire entièrement.

S’y ajoute que la pression sociale et sociétale peut avoir préséance sur la conduite car s’opposer en solitaire à ceux avec qui on a grandi et auprès de qui on travaille devient vite un combat perdu d’avance. D’autant que même la mobilisation des médias, par son côté éphémère, essentiellement émotif, ne garantit pas un vrai débat sur les mutations de situations ancrées dans l’Histoire.

Si on excepte quelques détails de mise en scène très classique un peu trop appuyés (dans les éclairages et la bande son notamment), la démonstration voulue par Naguel est efficace et évite de montrer des personnages réducteurs. C’est un élément à verser au dossier de la réflexion sur la tolérance, l’intégration en milieu étranger.

Avignon - Avignon Off Du 06/07/2013 au 31/07/2013 à 18h15 Pitchoun Théâtre 72 rue de la Bonneterie Téléphone : +33 (0)4 90 27 12 49. Site du théâtre Réserver  

Lapidée

de Jean Naguel

Théâtre
Mise en scène : Jean Chollet
 
Avec : Nathalie Pfeiffer, Caroline Guignard

Lumière : Éric Moret

Décor : Jean Natto

Durée : 1h15 Photo : © DR  

Production : Cie Paradoxe (Lausanne)