Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 9 avril 2013
"...et bien folle était Julia, elle qui qui s'y fiait !" Ils avaient tous l'inconscience de la jeunesse dans cette comédie écrite quand un certain William S. n'était pas encore Shakespeare.

Deux jeunes gens "bien nés" partagent une amitié d'enfance qu'ils jurent indéfectible. Mais ils vont se quitter car l'un, Valentin, veut voir du pays, l'autre, Protée, veut rester à Vérone par amour pour Julia, une jeune fille dont il se prétend amoureux. C'est la première scène.

Comme les autres des cinq actes de l'origine, elle se passe dans le même espace aéré présentant juste un plan incliné au 3ème plan et fond scène, et des pendrillons ; moyennant  peu de meubles, d'objets et des costumes non datés mais non contemporains, quelques petites transformations et quelques notes de musique "live", toute liberté est laissée à l'imagination du spectateur.

Un exemple : la tour où sera enfermée Silvia (préfiguration du balcon de Juliette) est ici... une  balançoire ce qui, avec la robe longue de la belle, la rend comme irréelle presque, encore plus inaccessible. Donc, scénographie et lumière simples mais suggestives. Le rouge et le rose sont les tonalités dominantes : il sera beaucoup question d'amitiés et d'amours juvéniles autant que passionnées.

En effet, ces deux gentleman sont bien jeunes encore, sans aucune expérience de l'amour et de la vie. Valentin arrivé à la cour du Duc de Milan, va découvrir l'amour en la fille du Duc, promise à un autre, Thurio, un riche crétin (Vincent Sauvagnac). Surprise, il trouvera un rival non pas en Thurio mais en... Protée qui l'a rejoint et a subi un vrai coup de foudre pour Silvia. Ce sera alors la découverte de l'amitié trahie, et plus encore... Enfin, après d'autres péripéties, dont un passage de Valentin chez les brigands, le happy end sera au rendez-vous.

Baptiste Blampain (Protée) et Julien Vargas (Valentin), tout autant que leurs amoureuses Shérine Seyad (Julia) et Jeanne Kacenelenbogen (Silvia), ont l'âge de leurs personnages, la fougue et la conviction également. Ils sont fort bien entourés de serviteurs peu serviles telle surtout  Aurélie Trivillin en Lucette, aussi  Alexis Julémont en Speed (le bien nommé, un vrai "clownish"!) et Réal Siellez inénarrable en Launce, qui est aussi Crab, son chien...

Ceci ne les empêche pas d'assurer encore d'autres rôles. Les interventions des valets viennent en contrepoint, représentant la sagesse populaire, la joie de vivre et l'oeil lucide qu'ils jettent sur les aventures de leurs maîtres alors que les autres personnages paraissent plus pâles et que les brigands ne font peur à personne.

L'auteur, lui aussi, devait avoir une trentaine d'années, suppose-t-on, quand il écrivit The two gentleman of Verona (vers 1594/1595). La pièce n'atteint pas le niveau de ses chefs d'oeuvre, mais, bien représentée, offre un "divertissement plaisant". C'est plutôt le Shakespeare des Sonnets, traitant de l'Amour et ses complications, de la beauté qui fascine, du désir irrépressible qui fait tout oublier, amitié comprise.

Dans une Italie rêvée et romanesque

C'est le Shakespeare qui puise son inspiration dans la comédie et les nouvelles italianisantes en vogue à son époque. À moins de jouer au touriste attiré par les lacs italiens, prendre le bateau n'est certes pas le chemin le plus court pour aller de Vérone à Milan; de même une région aux sombres forêts infestées de brigands fait penser à une Italie de fantaisie comme elle était vue et mythifiée par de jeunes étudiants anglais du 16ème siècle.

Ici et maintenant, sans rien gommer des approximations, invraisemblances et clichés d'origine, il fallait bien que l'équipe dirigée par Robert Bouvier emporte tout avec (grâce à) une belle et fraîche énergie, et fasse que l'on puisse sans sourciller passer d'une scène de (presque) viol à la joyeuse scène finale d'amnistie générale qui la suit immédiatement !

Le déguisement de Julia en gavroche, qui la rend méconnaissable (?) même s'il est justifié par l'usage prudent des voyageuses de l'époque, est une de ces grosses ficelles permettant de faire rebondir une action assez convenue. On voit ainsi apparaître pour la première fois chez l'auteur, outre le bouffon ("qui dit au roi qu'il est nu"), le personnage de la fille-garçon, l'amoureuse qui prend des vêtements masculins pour rejoindre l'objet de cet amour qu'elle désire à la fois reconquérir et confondre.

Quoi qu'il en soit, il faut reconnaitre que le grand Shakespeare attribue à Julia, comme à Silvia, et comme à Lucette, bien plus de courage, de loyauté, d'intelligence et de noblesse de coeur qu'à leurs partenaires et homologues mâles...

Les deux gentilshommes de Vérone
Bruxelles - Belgique Du 16/03/2013 au 27/04/2013 à ma-sa : 20h30 Théâtre Le Public rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles Téléphone : 0800.944.44 . Site du théâtre Réserver  

Les deux gentilshommes de Vérone

de William Shakespeare

Comédie Théâtre
Mise en scène : Robert Bouvier
 
Avec : Baptiste Blampain, Mirko Dallacasagrande,Gilles Masson, Alexis Julémont, Jeanne Kacenelenbogen, Vincent Sauvagnac, Shérine Seyad, Réal Siellez, Aurélie Trivillin, Julien Vargas, Philippe Vuilleumier

Assistanat à la mise en scène: Alexa Gruber
Scénographie, costumes: Delphine Coërs, Cécile Balate
Création lumière: Jonas Bühler

Univers Sonore: Julien Baillod- Création musicale: Stéphane Roethlisberger, Aureliano Marin, Mirko Dallacasagrande (aussi musicien "live" avec Gilles Masson)
Régie: Simon Plume  - Stagiaire régie: Jérémy Saive

Durée : 1h50 Photo : © Bruno Mullenaerts  

Création, coproduction : Théâtre Le Public (Bruxelles)/Compagnie du Passage (Neuchâtel [CH])

Soutien : Département des Affaires Culturelles du Canton et de la Ville de Neuchâtel, Syndicat Intercommunal du Théâtre Régional de Neuchâtel (Suisse), Loterie Romande, Fédération Wallonie-Bruxelles.

La Compagnie du Passage fête ses dix ans cette année et aura produit un bon millier de spectacles - le plus souvent mis en scène par Robert Bouvier, aussi son directeur artistique - qu'elle a promenés en Suisse mais également à l'étranger : Paris, Moscou, Montréal, Bruxelles...