L'inventivité diabolique et la roublardise de l'auteur de « La Dame de chez Maxime » atteignent des sommets insensés. Sûrement bien allumé le Georges Feydeau quand il écrit cette pièce où se succèdent des situations quasiment impossibles à tenir. Au point que, coincé parfois par sa propre imagination délirante, il n'hésite pas à créer la plus improbable des scènes pour retomber sur ses pattes.
Car, enfin ... Que le médecin Lucien Petypon (Nicolas Bouchaud dans le rôle) ne sache plus où il est après une nuit de bamboche passée chez Maxim avec son collègue Mongicourt (Stephen Butel), d'accord. Qu'il ne comprenne pas que dans sa chambre, dans son propre lit, s'agite la délurée Môme Crevette (Norah Krief) alors que sa femme Gabrielle Petypon (Nadia Vonderheyden) va rappliquer, soit. Et qu'il dérape encore plus quand le général Petypon du Grêlé (Cyril Bothorel qui reprend le rôle après Gilles Privat), son père qu'il n'a pas vu depuis une éternité, s'annonce par surprise avec la ferme intention d'inviter en sa demeure de campagne ce fils et cette belle-fille qu'il ne connait pas encore... alors là, il peut oublier les vapeurs d'alcool et nous, perdre la tête. Les sources de quiproquos deviennent potentiellement inépuisables !
La chaise électrique
Complètement foldingue, Feydeau fait entrer dans l'action une invention du docteur Petypon : une chaise électrique qui, branchée sur un courant supra-conducteur, peut tétaniser totalement les personnes qui y prennent place. Un petit coup sur le dossier et voilà que le personnage prostré retrouve ses esprits. Il est vrai que côté machine infernale, il y a aussi la Môme Crevette qui sait profiter des multiples situations abracadabrantesques pour ajouter du bordel au bordel. Feydeau a donc trouvé ce sage subterfuge pour clouer momentanément le bec à ceux (ou celles) qui risqueraient de tout foutre en l'air dans sa mécanique théâtrale.
Mais pas de portes qui claquent ici. Sivadier pousse la folie de la pièce jusqu'au cauchemar, drôle toujours, dans un décor irréel de guignol. Le metteur en scène se situe à mille lieues de la représentation bourgeoise traditionnelle. Une flopée de cordages pendent des cintres. C'est le bateau ivre dans lequel de (gros) fils jouent avec les comédiens, les objets. Ici le drap du lit de monsieur sous lequel dormait la Môme Crevette, là des planches qui, relevées, font office de portes.
L'espace, ouvert, multiplie les surprises et amplifie les confusions. Comme cette intrusion d'une grosse boîte qui bouge sur le plateau, représentation d'une chambre où se cache momentanément un personnage ...
Cette « Dame » possède un pouvoir explosif rare. Encore faut-il ne pas en rajouter dans le jeu. Lors de la création à Rennes, la troupe s'est laissée parfois enivrer par sa propre folie à jouer, plombant quelques scènes. Rien de grave. Avec la bande à Sivadier -Norah Krief, Nadia Vouderheyden, Nicolas Bouchaud ....-, les bonnes marques seront vite retrouvées.
Jean-Pierre BOURCIER, Rennes









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