Critique - Théâtre - Bruxelles
Foreplay
Une audacieuse transposition de "la ronde"
Par Suzane VANINA
L'auteur et metteur en scène sud-africain Mpumelelo Paul Grootboom a trouvé dans une pièce datant d'une autre époque et venue d'un autre continent de curieuses similitudes avec les dérives de la société sud-africaine. C'est d'abord grâce au cinéma, avec "Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick, que Grootboom a découvert Schnitzler puisque le film se base sur une de ses nouvelles, "Traumnovelle".
Mais que peut bien évoquer en 2009, en Afrique du Sud, à Prétoria, cette sorte de vaudeville dû à un méecin viennois qui, de proche en proche, nous fait assister à chaîne d'ébats amoureux? Le sexe justement, thème éternel, avec le pouvoir et l'argent, auxquels ils s'associe si facilement. Ici comme ailleurs, hier comme aujourd'hui.
Alternances et échanges de couples, la pièce pourrait paraître aujourd'hui futile, joyeusement cynique et amorale mais elle n'a rien perdu de son pouvoir de heurter, tant le Sexe (consenti ou non) reste un sujet dit délicat, un tabou, et l'agression sexuelle plus choquante que la violence de situation et de mots. N'y a-t-il pas, encore en ce moment même, des interdits sur certaines expositions, à Venise ou en Chine? Les baisers, plus ou moins simulés, sont acceptables au théâtre; pas les coïts, si l'on en juge par certaines réactions du public.
D'une pertinence -et secouante! -actualité
Soldat, pasteur, professeur, bourgeois, ministre, étudiant, barmaid, gamine, actrice, prostituée... les trois acteurs et les trois actrices se partagent les différents rôles. Ils se donnent à fond dans le parti pris de réalisme qu'inspirent au metteur en scène les séquences de la pièce et le jeu généralement très expressif des comédiens noirs.
À la fin, il place un ajout qui ne doit rien à Schnitzler, où un politicien corrompu y va d'une diatribe cynique et provocatrice, prônant un "gouvernement de cohésion nationale", en fait une dictature, devant la prostituée qu'il vient de tabasser. Mais c'est à elle, plus digne, se relevant de ses blessures physiques et morales, que sera donné le dernier mot, la révolte, l'espoir.
Dans une langue parlée et non littéraire, l'adaptation de M.P.Grootboom est une peinture sans complaisance des types et des situations propres aux townships. D'où le boycott que Grootboomco continue à subir de la part des critiques, surtout blancs, de son pays. Il a été surnommé "Township Tarantino", ce qui en dit long sur la réputation qui lui est faite.
Il faut savoir que les artistes et dramaturges de là-bas jouent un rôle important dans la remise en question d'un statu quo qui tente de supprimer les libertés civiques en profitant d'une démocratie encore jeune et inexpérimentée.
Suzane VANINA, Bruxelles









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