Un été lyrique au Festival de Saint-Céré
Publié le 9 août 2012
Deux nouvelles productions d'opéras sont au programme du Festival de Saint-Céré cet été, présentées dans des lieux du patrimoine du Lot. « Madame Butterfly » de Puccini et, pour la première fois en France,« Lost in the stars », de Kurt Weill, tous deux mis en scène avec pertinence par le fondateur-directeur du Festival, Olivier Desbordes.

Monter « Madame Butterfly », opéra japonisant de Puccini, dans l'imposante cour du château de Castelneau, semble une gageure. Quoi de plus franco-français en effet que cette forteresse édifiée à partir du XIIIème siècle qui domine avec orgueil la plaine. Mais, depuis qu'il a créé le Festival de Saint-Céré, Olivier Desbordes se joue des défis. Non seulement sa mise en scène du flamboyant mélo de Puccini ne choque pas, au contraire elle semble s'insérer naturellement dans le somptueux décor de pierre ocre.

Comme d'habitude, Desbordes, qui dirige avec succès le festival estival du Lot et signe les nouvelles mises en scène d'opéras avant de les faire tourner dans la France entière, a un parti-pris qui ne manque pas de pertinence. Il voit le Japon comme un pays « fragile, démantibulé par l'histoire et les événements telluriques ».

De fait, le drame de Butterfly, créé à la Scala de Milan en 1904, a pour cadre le port de Nagasaki, l'autre ville du Japon frappée par la bombe atomique trois jours après Hiroshima. Mais le metteur en scène pense aussi au récent tsunami qui a dévasté l'archipel.

C'est un tsunami d'un autre type qui frappe la jeune geisha de 15 surnommée Butterfly reniant famille, religion, patrie pour épouser l'officier de marine américain Pinkerton. Mariage sans conséquence pour ce dernier qui quitte bientôt le Japon et revient trois ans plus tard, flanqué de son épouse américaine, pour reprendre le garçonnet que la geisha a eu de lui. La malheureuse n'a plus alors qu'une issue : se faire hara-kiri.

Ce drame au lyrisme exacerbé par la musique a pour décor une maison de bois toute de guingois, prête à s'écrouler. Elle s'écroule en partie lorsque Butterfly dévoile l'enfant qu'elle a conçu du bellâtre américain en qui elle avait mis toute sa foi. Sans souci de couleur locale factice, Olivier Desbordes centre sa mise en scène sur l'épreuve poignante vécue par la jeune femme.

Pour incarner ce personnage de femme fragile bafouée, il a trouvé l'interprète idéale : la jeune soprano Sandra Lopez de Haro, qui a l'âge, le physique et surtout la voix du personnage. Et en Carlo Guido le ténor au timbre séduisant pour jouer Pinkerton.

De son côté, le jeune et brillant chef Gaspar Brécourt, tire le meilleur parti de la petite formation qu'est l'Orchestre du festival, faisant entendre toutes les nuances des violons déchaînés par Puccini.

De Puccini à Weill

Changement de décor pour « Lost in the stars », créé en 1949 à Broadway. Nous redescendons dans la plaine, au QG du festival, l'Usine de Saint-Céré, ancien local industriel reconverti en théâtre rectangulaire à l'espagnole. On peut y voir pour la première fois en France la dernière œuvre de Kurt Weill, dont on connaît surtout les musiques sur des pièces de Brecht (dont le fameux « Opéra de quat' sous »). Installé en Amérique après avoir fui le nazisme, le musicien juif allemand se propose de rompre avec le théâtre musical purement commercial qui triomphe alors sur les scènes américaines.

« Lost in the stars
» est donc une pièce à thème, en partie chantée, militant contre la ségrégation raciale. S'il n'a pas le mordant ni l'impact social des textes de Brecht, le livret, inspiré du best-seller de l'auteur sud-africain Alan Paton, « Pleure, ô pays bien-aimé », ne manque pas d'intensité dramatique. La pièce se situe dans la campagne d'Afrique du Sud au plus fort de l'apartheid.

Au terme de péripéties, les protagonistes clament leur foi dans la réconciliation entre les deux communautés, riches blancs dominateurs perclus de préjugés, et noirs pauvres, proies faciles pour les leurres de la vie moderne dans la grande ville de Johannesburg. Sous la conduite d'un récitant qui résume les enjeux, les rôles chantés principaux, au nombre de quatre, sont menés par un pasteur noir (excellent Jean Loup Pagésy, basse profonde) venu à la ville tirer son fils des griffes de la mauvaise vie.

Avec son contraste entre parties chantées en anglais et parlées en français, le spectacle offre un curieux cocktail de musiques, mêlant des réminiscences de cabaret berlinois des années 20 aux airs de jazz, de gospel, et de songs américains. Tout en sobriété, sans accessoires encombrants, la mise en scène est adaptée au local industriel où la pièce se joue, l'orchestre à l'arrière-plan. Les comédiens-chanteurs et le chœur installés sur des bancs dans les bas-côté viennent tour à tour jouer leur partition. En deux heures sans entracte le spectacle se déroule à un rythme allègre. Une vraie découverte.

Toujours au registre lyrique, le Festival reprend cet été la mise en scène très enlevée du même Olivier Desbordes de « La Belle Hélène », d'Offenbach, créée à Saint-Céré en 2004. Et « La Flûte enchantée », de Mozart, mise en scène tout en légèreté en 2009 par Eric Perez, avec une troupe enthousiaste de jeunes chanteurs.

Le programme du Festival de Saint-Céré comporte aussi son content de concerts de musique classique (dont le « Stabat Mater » de Pergolese) et de musiques du monde (dont « Saveurs de Cuba »). Bref, les estivants n'ont que l'embarras du choix.

Noël TINAZZI, Saint-Céré

à propos...

Festival de Saint-Céré, jusqu'au 18 août.

Réservations tél. 05 65 38 28 08, www.festival-saint-cere.com

  Photo : © Opéra Fribourg. Nelly Blaya