Publié le 25 juillet 2012
Sous la conduite experte de Sébastien Rajon, Jacques Frantz nous emmène sur les terres de Serge Valletti. On sort de ce voyage fantasque dans une sorte d’ivresse poétique tout à fait délicieuse.

Sous la plume de Serge Valletti la langue devient folle, elle prolifère dangereusement. Les images explosent, fusent en un feu d’artifice qui n’a rien d’artificiel mais doit tout à l’incroyable liberté poétique de l’auteur. Valletti s’était avisé que Shakespeare avait eu la cruauté de n’accorder aucun texte à Yorik le bouffon, personnage spectral qui recueille les confidences d’Hamlet sans jamais pouvoir intervenir et que l’on connaît sous l’apparence du célèbre crâne auquel le prince confie ses angoisses et ses interrogations.

Né du souci de réparer cette injustice littéraire criante, ce "Sixième solo" est d’abord celui de Gordon, l’acteur pressenti pour le rôle qui nous raconte des expériences improbables d’une vie quelque peu chaotique. Le voilà en costume de marié très chic, jaquette et gilet gris convié à un mariage qui n’est pas le sien et auquel il n’arrivera jamais. Il raconte comment il a été deuxième pousseur pour un sport étrange, comment il s’est retrouvé vêtu d’un manteau de singe.

Soudain, de Grenoble, le voilà au Mexique, chez les Mayas, connus pour leur célébration de la fête des morts avant d’atterrir en Belgique pour de nouvelles aventures. De digression en digression, de changement de cap en association d’idées, les images filent, s’alimentant à une source intarissable, et nous emportent dans une déambulation fantasmatique d’où l’on sort comme groggy, et le sourire aux lèvres.

Ce voyage fantasque, exubérant et baroque qui trouve toujours le rire ou le sourire au détour d’une phrase (« sourire, c’est rire dessous », dit Gordon) est conduit par le très talentueux Sébastien Rajon, qui avait mis en scène, entre autres, l’excellent Changeling (Vice(s)-versa), œuvre étrange et baroque de Thomas Middelton et William Rowley. Sa mise en scène du Balcon de Jean Genet avec Michel Fau a été une belle réussite. 

Le texte de Valletti qui ne se laisse pas dompter facilement, a trouvé son maître. Jacques Frantz, stature imposante et voix sonore, s’en empare avec une formidable énergie, dans une sorte de rage impétueuse qui laisse filtrer la fragilité du personnage au détour d’une phrase, d’un geste et le rend tout à coup émouvant.

Sixième solo
Avignon - Festival Off 2012 Du 07/07/2012 au 28/07/2012 à 15h35 Théâtre du Chien qui fume 75 rue des teinturiers, 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 25 87. Site du théâtre

réservations: 04 90 85 25 87

 

Sixième solo

de Serge Valletti

Théâtre
Mise en scène : Sébastien Rajon
 
Avec : Jacques Frantz

Lumière: Florent Barnaud

Costume: Victoria Vignaux

Univers sonore: Pygmy Johnson

Durée : 1h20 Photo : © DR

Lire : Serge Valletti, "Monsieur Armand dit Garrincha - Sixième solo", Nantes, L'Atalante, 2001