Comme pour sa précédente création, le metteur en scène Omar Porras s’intéresse à la figure du valet. Ce n’est plus le Matti de Brecht mais le Scapin de Molière qui se trouve érigé en symbole de ruse et de perfidie, en véritable maître. Mais est-il encore besoin de présenter ce héros moliéresque qui va tout mettre en œuvre pour couvrir les tribulations amoureuses de ses maîtres en usurpant leurs géniteurs respectifs par les plus subtiles fantaisies ?
Souvenons-nous qu’Octave, en l’absence de son père Argante, tombe amoureux de Hyacinthe, une jeune fille éplorée, et l’épouse. Mais apprenant le retour anticipé de son père, revenu pour le marier à la fille de son ami Géronte, il craint soudain que cette union ne provoque les foudres paternelles. Il s’empresse alors de demander secours à Scapin, valet habile et malin de son ami Léandre.
Léandre, lui-même fils de Géronte, s’est de son côté, épris de Zerbinette, une jeune esclave égyptienne dont la liberté dépend du versement d’une rançon. Il s’en remet donc lui aussi à son serviteur pour parvenir à soutirer la somme nécessaire à sa mère. Argante et Géronte, déjà prêts à punir la mauvaise conduite de leurs fils respectifs, vont pourtant succomber aux duperies de Scapin, ces célèbres fourberies dont on ne se lasse pas de rire.
Quand Molière rencontre Porras…
… Le classicisme croise les années folles, la maison bourgeoise devient troquet populaire, les coquetteries frôlent la bouffonnerie. Certes Molière fait de ses “Fourberies” une pièce populaire, proche de la comédie italienne, mais Porras en exagère encore le côté ridicule si cher à la commedia dell’arte, pour se moquer néanmoins, non pas du valet mais bel et bien du bourgeois.
Comme à son habitude, Porras parvient à transposer l'œuvre originale dans un contexte et un univers insolites sans toutefois en perdre le sens et le message. Les personnages, affublés de masques aux traits caricaturaux, traversés de contorsions et spasmes en tout genre, n’ont plus rien de la prestance inhérente à la condition bourgeoise. De même, la langue stylisée de Molière se pare d’un naturel nouveau, d’une spontanéité qui va de pair avec l'attitude grotesque et pègre que Porras assigne à ses protagonistes. Le tout s’accorde merveilleusement bien et l’on ne cesse de se laisser surprendre par les comportements clownesques et les multiples plaisanteries qui ponctuent la représentation, dans une dynamique et une énergie euphorisantes.
Le formidable jeu des comédiens se trouve soutenu par une scénographie minutieusement agencée, où toujours, le regard est happé par un détail et l’attention ainsi maintenue. Dans la troupe du Teatro Malandro, chaque rôle, chaque geste a son importance et apporte sa pierre à l’édifice d’un théâtre éblouissant, inventif et riche de sens.
Anne CARRON, Lyon









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