Henri LÉPINE Avignon
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Publié le 7 juillet 2009
Spectacle vu en avril 2009. Après un succès triomphal et sans précédent au Festival d'Avignon 2008, le magnifique texte – et premier roman – de Saphia Azzedine, transposé au théâtre par Gérard Gelas et qui a confirmé s'il en était besoin le formidable talent d'une jeune actrice de 22 ans : Alice Belaïdi, entreprend une tournée qui ne semble pas près de s'achever... A Paris tout d'abord...

Dans ces « Confidences à Allah », Jbara, jeune bergère de seize ans perdue dans le désert marocain, raconte son histoire. Au fin fond de la misère humaine, c'est une histoire tissée d'humiliations, de souffrance, d'oppression, à peine tempérées par le monologue intérieur qu'elle adresse à Allah lequel, bien entendu, ne répond jamais...

Innocent objet de plaisir sexuel pour tous les mâles qui l'approchent, elle se retrouve enceinte... Chassée de chez elle par ses parents, elle sera tour à tour emprisonnée, prostituée, puis épouse d'un imam... Sur ce chemin de souffrance, Jbara garde le contact avec Allah à qui elle s'adresse comme à un muet confident... Peut-être n'est-il, au fond, ce dieu absent, que la personnification de ce que, comme tout être humain, elle a de meilleur en elle... Et tout d'abord l'étincelle d'espérance qui nous maintient en vie lorsqu'on est au bord du gouffre...

Une étrange alchimie théâtrale...


Image tout d'abord dressée, hiératique, comme pour mieux s'élever vers le ciel telle la barre verticale posée au centre de l'estrade, drapée dans les tissus comme une image de madone, Jbara s'humanise très vite pour redevenir la jeune bergère illettrée perdue au coeur d'un monde de misère où tout est haram (péché).
Le texte de Saphia Azzedine (Editions Léo Scheer) est magnifique, très beau, très fort. Très cru aussi... mais pas plus que la réalité qu'il décrit. Et il fallait sans doute une jeune comédienne au physique et au visage de femme-enfant comme Alice Belaïdi pour le faire passer aussi bien auprès d'un large public. Avec ce visage même, c'est la voix off du personnage virtuel de la fiction romanesque qui se dessine, se concrétise et se présente à nous comme une évidence, prend corps enfin et devient présente dans sa totale dimension théâtrale. Alchimie, disions-nous ?
Face à ce texte et à la comédienne qui nous le transmet si bien, Gérard Gelas a su donner à sa mise en scène toute la sobriété nécessaire. Il fallait, pour cela, savoir faire preuve d'une humilité dont sont parfois capables les meilleurs créateurs...  Grâce lui en soit rendue...

Si l'oppression et l'assujettissement – jusqu'au plus total avilissement – de la femme par les hommes – certains hommes – est plus qu'évidente, omniprésente comme une toile de fond, dans la thématique de l'oeuvre, elle n'en constitue pas toutefois l'axe fondamental. Le véritable sujet, c'est bien ce cheminement, ce combat constant de notre héroïne,  cette quête incessante et acharnée, jamais assouvie, de ce qu'elle ignore encore, qu'elle finira bien, un jour, par découvrir...
Au-delà même de toute superfétatoire idée de Dieu, dont elle pourra par la suite faire table rase comme de ce voile, imposé à elle et à ses semblables par la tartufferie machiste ambiante, la délivrance vis à vis du poids des choses lui permet d'aboutir à une véritable prise de possession d'elle même.

Confidences à Allah
Avignon - Festival Off 2009 Du 07/07/2009 au 29/07/2009 à 17h Théâtre du Chêne Noir 8 bis, rue Sainte-Catherine. 84 000 Avignon. Téléphone : 04 90 82 40 57. Site du théâtre   Paris Du 17/04/2009 au 30/04/2009 à 18h30 Théâtre du Petit Montparnasse 31, rue de la Gaîté Téléphone : 01 43 22 77 74. Site du théâtre  

Confidences à Allah

de Saphia Azzedine

Théâtre
Mise en scène : Gérard Gelas
 
Avec : Alice Belaïdi.

Scénographie et lumières : Gérard Gelas

Coproduction Petit Montparnasse et le Théâtre du Chêne Noir (Avignon)

 

Photo : Manuel Pascual