Spectacle d'école qui dépasse la dimension d'un simple exercice scénique, "La bonne Âme du Se-Tchouan" mise en scène par Stuart Seide avec ses élèves, nous ramène au Brecht des paraboles limpides, ici didactique sans excès, actuelle parce que son thème est intemporel. Qu’on en juge !
Un trio divin débarque sur terre à la recherche d’individus foncièrement bons. Leur quête les laisse bredouilles jusqu’au jour où un porteur d’eau les présente à Shen Té, la prostituée du coin. Même confrontée aux problèmes de la pauvreté, cette jeune femme est cordialité, générosité, charité. Ils lui donnent de l’argent pour sortir de sa condition. Dès qu’elle devient propriétaire d’un bureau de tabac, rappliquent tous les paumés de la région qui veulent profiter de sa compassion. Les plus riches ne font pas exception : ils tentent de lui soutirer un maximum de profit sous des prétextes plus ou moins légaux.
Brecht démontre que la possession n’est pas le remède à la misère. Au contraire, elle rend les rejetés avides, les possédants impitoyables tandis que les dieux ferment les yeux, se satisfaisant (comme les statistiques) de savoir qu’être au moins fut bon pour autrui. Et la concrétisation scénique de la bonne Shen Té engendrant son double, le cousin Shui Ta, dur en affaires, insensible à la pitié, prêt à tout pour conserver le peu qui lui reste, constitue la preuve qu’un monde régi par l’argent est incapable d’humanité.
Une mise en scène dynamique et distanciée
Seide s’est souvenu des conceptions brechtiennes sans pour autant les appliquer lourdement. Dès l’abord, la scène, en guise de rideau, étale tous les costumes. Puis, s’ouvre sur une sorte de chantier bric à brac, avec échafaudages, élévateur, grillages, objets hétéroclites…, mi-plateau de théâtre brut, mi-décor à transformations.Les changements s’effectuent bien entendu à vue, mettant les comédiens en situation de machinistes et insufflant à la représentation une fluidité bienvenue.
Le personnage de Shen Té est successivement incarné par plusieurs actrices. Les autres jouent corporellement des caricatures qui rendent sarcastiques les rôles qu’ils habitent. L'espace scénique se voit sans cesse investi de différentes manières, en long, en large et en hauteur. Cette dynamique rejoint l’énergie constante de toute la troupe qui porte le texte à bout de voix.
Des éléments épars désamorcent tout réalisme primaire : usage sporadique de micros, chants, surtitrage intermittent, travail en salle au milieu du public, trappes pour apparitions divines… Seule, peut-être, la fréquente confusion vocale entre les é et les è, entre les ó et ò, n’est-elle pas vraiment un artifice volontaire de distanciation.
Michel VOITURIER, Lille











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