Spectacle musical - Paris
Le Bourgeois gentilhomme
Les bourgeois, c'est comme les ...
Par Jean-Pierre BOURCIER
C'est la « fête » aux bourgeois dans ce Molière absolument délirant d'intelligence même si l'on entendra quelques grincheux trouvant la version un peu longue ou trop appuyée en fin de partie par la musique et la danse. Superbe car ce qui frappe dans cette comédie-ballet, au delà du plaisir du jeu et l'efficacité de la mise en scène, c'est son éternelle actualité finalement. Les questions de société y éclatent de façon aigüe et nous renvoient sans crier gare à nos propres interrogations.
Bien sûr on pense à d'autres inventeurs de la satire ou critique sociale. Chez Brecht, notamment sa "Noce chez les petits bourgeois..." ou, plus contemporain et plus cinglant, le Jacques Brel de la chanson "Les bourgeois c'est comme les cochons....". La proposition du metteur en scène Denis Podalydès est à l'évidence de retrouver dans ce « Bourgeois » toute la pertinence/impertinence et la clairvoyance de l'auteur. Il offre ainsi un spectacle totalement effronté sautant par dessus les siècles pour garder un sacré brin d'actualité. Il est fortement aidé en cela par l'intelligente et efficace scénographie d'Eric Ruf, les costumes surprenants de Christian Lacroix, les voix et les musiciens dirigés par Christophe Coin et les danseuses... transformistes.
Le thème de l'ascension ou reconnaissance sociale, le besoin ou désir de copier ou d'appartenir à la classe supérieure, tout cela reste éternel. Molière a bien pioché dans l'univers d'autres auteurs pour construire son personnage de Monsieur Jourdain, ce bourgeois aisé -il réussit dans le commerce du tissus- qui veut être gentilhomme, qui rêve de noblesse jusqu'à aider financièrement Monsieur le Comte (Dorante) plutôt fourbe, et en pince fortement pour une amie de celui-ci, Dorimène. Il va jusqu'à interdire la liaison de sa fille Lucile avec Cléonte car... pas gentilhomme ! La clairvoyante Madame Jourdain n'en peut, mais !
Le scénario est presque parfait. Le Bourgeois croit devenir grand « Mamamouchi » -prince de Turquie- comme d'autres aujourd'hui titillent les sommets de la bourse et se disent roi de la finance, donc forcément séducteur, grand propriétaire terrien, etc... avant la chute. Denis Podalydès et ses comédiens ne ratent rien des inventions de Molière. Ils croquent avec gourmandise ce héros et font entendre ses billevesées comme si elles étaient juste d'hier, n'hésitant pas à prendre le public à témoin...
Grandioses sont les scènes de l'apprentissage du Bourgeois entre danse populaire et danse de cour, jeux de bouche entre voyelles et consonnes, tenue de l'épée et gestes de la révérence ou tenir un discours devant madame la Marquise. Quant aux maîtres de M. Jourdain - qu'ils soient de musique, d'armes, de philosophie, tailleur ou de danse -, leur élégance 'grand siècle' avec perruques extravagantes à souhait tourne en une mémorable bataille de chiffonniers.
Si la distribution se montre superbement équilibrée, coup de chapeau à Pascal Rénéric (Monsieur Jourdain) qui fait preuve, aussi, d'une santé remarquable.





