L'Alouette
Publié le 12 juin 2012
Jean Anouilh revisite l’histoire de France et le mythe de Jeanne d’Arc. Mis en scène par Christophe Lidon, cela donne un spectacle attachant et inattendu, illuminé par la belle présence juvénile de Sara Giraudeau.

Le propos d’Anouilh n’est pas tout à fait de raconter l’histoire ni de faire l’hagiographie de la petite bergère de Domrémy mais plutôt de bousculer le mythe, de secouer les ors de l’Histoire, de jeter un regard ironique sur les pouvoirs politique et religieux. Anouilh laisse tomber la figure de l’élue dans la main de Dieu pour révéler la personnalité d’une belle personne, volontaire et intelligente. A suivre cette pente, qui sait si ces voix qui ont poussé Jeanne au combat pour défendre sa patrie ne sont pas ses voix intérieures que, effrayée, elle prend pour la voix de Dieu… Si Anouilh ne va pas jusque-là, il entrouvre cette porte en donnant une version très terrienne de la pièce, un peu comme il l’avait fait, plus sérieusement, avec Antigone.

La pièce commence par la fin. On est à l’heure du procès et Jeanne, interrogée par les sbires de l’Inquisition, raconte son histoire en quelques scènes représentées simultanément. Anouilh déconstruit et, non content de conjuguer passé et présent, ajoute la distance du temps de la narration commentée avec humour par l’Anglais Warwick. Tous les protagonistes sont sur scène en même temps, Jeanne au centre du plateau, petit être fragile et innocent, est comme écrasée par la monumentale rosace en suspension au-dessus de sa tête (scénographie de Catherine Bluwal). Au fil de la narration menée tambour battant, Sara Giraudeau incarne les situations évoquées, rectifie les erreurs. Cela donne lieu à quelques scènes de comédie très réussies : avec le capitaine que Jeanne convainc, à force de flatterie, de lui donner un cheval et une tenue d’homme ; avec le roi, être couard s’il en fut, auquel elle explique sa méthode pour vaincre la peur. Ainsi on arrive au galop à sa reddition puis à sa rétractation et à la fin connue. En coda, la célèbre scène de Reims, volontairement oubliée, et évoquée dans un tableau final faussement emphatique.

Dans les derniers moments de la pucelle, Sara Giraudeau donne à son personnage une profondeur touchante. Jeanne a pris de l’étoffe, celle des héros. Rebelle et fière, animée d’une belle ferveur réfléchie, elle choisit la mort plutôt que le reniement de sa foi et accède au rang de personnage tragique. Elle est une jeune femme debout, fidèle à ses convictions. La comédienne, qui avait déjà interprété Anouilh, confirme un talent qui trouve là l’occasion de s’épanouir. Elle est bien entourée ; citons en particulier les excellents Bernard Malaka et Davy Sardou ainsi que Stéphane Cottin. La mise en scène de Christophe Lidon sert le texte avec justesse et intelligence, mêlant dans une bonne mesure gravité et humour.

Corinne DENAILLES, Paris

Paris Du 23/05/2012 au 31/07/2012 à du mardi au samedi à 20h30, matinée samedi à 17h30 Théâtre Montparnasse 31, rue de la Gaîté 75014 Paris Téléphone : 01 43 22 77 74. Site du théâtre

réservation au 01 43 22 77 74.

resatheatre: 0892 707 705.

FNAC

Réserver  

L'Alouette

de Jean Anouilh

Théâtre
Mise en scène : Christophe Lidon
 
Avec : Sara Giraudeau, Olivier Claverie, Joël Demarty, Maëlla Gentil, Stéphane Cottin, François Dunoyer, Bernard Malaka, Marie-Christine Danède, Jacques Fontanel, Davy Sardou

Décor: Catherine Bluwal

Costumes: Pascal Bordet

Lumières: Marie-Hélène Pinon

Vidéo: Stéphane Cottin

Son: Michel Winogradoff

Assistante à la mise en scène: Natacha Garance

Photo : © Lot