Quand le rideau s’ouvre, le spectateur découvre une Sophia Aram drapée d’une burka, dansant et chantant du rap. Soudain c’est la métamorphose. La musulmane lève le voile. Apparait alors une religieuse enjouée et emportée par la musique comme le fut en son temps la très connue Soeur Sourire. Puis vient le tour du rabbin d’entrer dans une danse traditionnelle digne de Rabbi Jacob. En quelques minutes le ton est donné : l’humoriste va frapper fort. Judaïsme, Christianisme, Islam, aucune des trois grandes religions monothéistes n’est épargnée.
Un musulman peut-il embrasser une personne qui a mangé du saucisson ? De quelle religion est vraiment Dieu ? Comment Jésus a-t-il changé l’eau en vin ? Pendant une heure trente, Sophia Aram partage ses doutes et ses questionnements, cherche une explication aux textes saints, tente de comprendre les extrémistes religieux. Sans jamais tomber dans le vulgaire ou le blasphème, la comédienne s’arme d’un humour subtil et décapant pour parler des religions. Les stéréotypes propres aux trois monothéismes, souvent tournés en dérision lors des repas de famille ou entre amis, sont largement repris pour le bonheur de tous. Dans l’écriture du spectacle, elle a d’ailleurs insisté pour ne pas s’attaquer aux symboles religieux (croix, coran, mezuzah). Inutile de choquer.
"Mieux vaut être athée que de mauvaise foi"
De l’ange « déçu » de la dégradation de ses conditions de travail, aux simples croyants en passant par les personnages bibliques (Moïse, Abraham, Adam et Eve) Sophia Aram prête sa voix et son corps à une pléiade de personnages hauts en couleurs. Certains d’entre eux font des apparitions redondantes pour le plus grand plaisir du spectateur. C’est le cas de sa tante qui décide de pratiquer les trois religions, de peur de ne pas aller au paradis si elle ne suit pas le bon dogme. Ou encore de Marie-Odile, son amie d’enfance qui essaie tant bien que mal de lui expliquer les « qualités du catholicisme ». Appuyé par un jeu de lumière simple mais efficace, ces changements de personnalité donnent un sacré rythme à son show.
Après un premier spectacle intitulé « Du plomb dans la cervelle » sur le thème du suicide d’une institutrice de classe de maternelle, joué plus de 350 fois depuis 2007, Sophia Aram semble plus que jamais à l’aise sur les planches. Le public ne lui fait pas peur et elle n’hésite pas à s'interrompre pour un aparté de quelques minutes avec un spectateur ou faire chanter des cantiques à une salle définitivement conquise.
Des personnages maîtrisés, un texte corrosif, des situations hilarantes... tous les ingrédients sont réunis pour un spectacle réussi. Seule Sophia Aram pouvait s’exprimer sur ce thème car même si elle est « à l’Islam ce que Ferrero Rocher est à la diplomatie », pour parler de religion, il vaut mieux selon elle « être athée que de mauvaise foi ».
Romain Dondelinger, Paris











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