Sur le plateau du théâtre des Abbesses, juste des grandes planches et des tréteaux métaliques. En grand nombre. Cette simplicité, à première vue, va apparaître très vite au cours du spectacle comme une idée géniale même si, en guise de prologue, on a un peu de mal à suivre les détails de ce qu'est « Le Système de Ponzi », cette énorme escroquerie financière qui a marqué les années d'entre les deux guerres mondiales, principalement aux Etats-Unis. On sait, depuis, qu'il a fait des émules ce Ponzi, dont le plus célèbre de ces dernières années s'appelle Madoff.
Donc des planches et des tréteaux... Parce que très vite, on comprend que le metteur en scène David Lescot (il est également sur le plateau) raconte une histoire, un voyage plutôt mouvementé depuis l'Italie, terre de naissance, jusqu'aux deux Amériques, de ce Charles Ponzi -fils de Charles et Imelde Ponzi. L'odyssée de cet homme encore un peu naïf qui se fait vite gruger mais bien décidé à trouver par n'importe quel moyen le Graal qui aurait pour nom la fortune, côté sonnante et trébuchante. Ce voyage va donc ici évoquer un bateau vers le nouveau monde (planches et tréteaux vont s'agencer devant les spectateurs comme la proue d'un navire), là une prison ou autres lieux. C'est le légo de Lescot.
Au gré de ses rencontres, Ponzi, qui s'est fait plumer maintes fois par ignorance ou crédulité excessive, va finir par retourner la situation, après les années 1920. Tout simplement en faisant miroiter des placements à hauts rendements rapides. Il paye les premiers investisseurs avec l'argent des derniers. Jusqu'à ce que ... une nouvelle crise provoque la panique. Et tout le monde de retirer son argent en même temps ! Et un nouveau scandale dans la presse. Et un sacré procès...
David Lescot fait partie de ces hommes de théâtre qui touchent à tout. Côté musique, il compose et joue. Surtout la guitare comme on l'a vu dans son spectacle magnifique « La Commission centrale de l'enfance ». Il intervient dans des écoles et autres ateliers de théâtre. Il est aussi un auteur que l'on peut dire engagé pour dénoncer les malheurs de ce vaste monde mais aussi un curieux qui ne perd pas de vue l'humour. Un comédien encore. Bref, lorsqu'il apparaît sur le plateau du théâtre des Abbesses, il est non seulement l'auteur du texte, mais aussi le metteur en scène, le compositeur et l'un des nombreux personnages qu'il a créé.
A ses côtés, beaucoup de monde. Dix comédiens chanteurs. Ils endossent globalement les habits de 87 personnages pour dire en dialoguant et en chantant, que l'inventeur d'un Madoff hier peut encore avoir d'autres clones demain. Ils se font entendre les artistes. Peut être de façon parfois trop démonstative, récitative. Mais le voyage reste magnifiquement enrichissant sur ce monde de l'argent.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris










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