Exils
Publié le 9 février 2012
Un spectacle court mais qui s'inscrit dans un vaste projet autour de la "problématique des grandes villes" et qui va s'étaler sur plusieurs années, de 2012 à 2016. Le départ se devait d'être donné dans la capitale de l'Europe et le projet théâtral parler d'exil étant donné sa multi-culturalité bien connue.

Bad trip... Était-ce un cauchemar ces êtres-fantômes s'agitant dans une ambiance ouatée avec brouillard et voiles volants rappelant les films d'horreur, et criant ou laissant exploser leur rage sur fond sonore permanent, parfois assourdissant ? Un rêve ces quatre personnages, plutôt jeunes - un Noir et trois Blancs, soit deux hommes et deux femmes, parfois se parlant à quatre autour d'une table ronde, parfois deux en face à face mais à bonne distance, et parfois un seul, en pétage de plomb avec dispersion de papiers à tout va... Pas de lien apparent dans tout cela mais on repense à Nougaro et la fin de sa chanson "Faites que ce soit un mauvais rêve, réveillez-moi", et ces "éclairs aveuglants" qui sont autant d'artifices de théâtre : fumigènes, tulles-supports à projections, vidéos, surtitres, caméras, micros, etc. Nous ne rêvions pas, nous étions dans la grande salle du Théâtre National à Bruxelles !

D'après ce que l'on peut apercevoir, les personnages n'ont pas l'air heureux, sauf à un moment quand l'un des Blancs déballe fébrilement un grand colis qui s'avère être, non pas une poupée gonflable, mais un mannequin réplique de lui-même, et seul compagnon possible pour un solitaire. Les autres tableaux consistent en quelques (minces) dialogues : constats de médiocrité pour le personnage féminin (sans entrain, elle "bosse pour une boîte de trucs"), et pour tous d'impuissance, de résignation, d'incompréhension des autres, d'incommunicabilité... Pire, le Noir est "comme" emprisonné, sent qu'il "s'efface" et son parcours se termine très mal.

Si les autres personnages (tous sans nom) "jouent le non-jeu", on doit une présence charnelle à El Hadji Abdou Rahmane Ndiaye qui, en français ou en sa propre langue wolof, remue quelques éléments de participation empathique chez les spectateurs happés-fascinés par le côté spectaculaire de la réalisation. Ce n'est qu'après réflexion a posteriori qu'ils penseront que l'idée devait être de les plonger directement dans "la sensation", dans le cauchemar réel que vivent des exilés de toutes sortes.

Même pas une heure pour traiter d'exil, et au pluriel...

Ce thème a été souvent décliné sur nos scènes, et de toutes sortes de façons : monologues, ou pièces, tirant leur inspiration du vécu de personnes imaginaires ou existantes, dont certaines n'hésitant pas à se mettre en scène... docu-ciné-théâtre avec témoignages de résidents du "centre d'accueil" bruxellois du Petit Château...etc. Le jeune auteur-metteur en scène Fabrice Murgia a choisi, avec sa compagnie"Artara", une forme plus originale, esthétique et distanciée, dans le style qui l'a fait remarquer et apprécier : le spectacle multimedia dont trois réalisations avant celle-ci ont confirmé le brio.

Deux cas bien différents sont le plus clairement approchés, comme représentatifs de la thématique abordée : celui du jeune Noir diplômé exilé en Europe, sans papiers comme sans perspective d'avenir ; celui du jeune Blanc exilé de lui-même, avec papiers mais sans perspective d'avenir pour cause probable de vide existentiel. Les deux autres cas sont moins évidents à saisir pour le spectateur dit moyen : un "burn-out", un suicide..., tandis qu'une jeune-fille-en-blanc lui inspirera bien des hypothèses...

Fabrice Murgia (né en 1983) est considéré comme une valeur montante sûre du Théâtre National qui, après l'avoir intégré dans une équipe jeune, n'hésite plus, lui faisant entière confiance désormais, à le propulser vers une consécration internationale. Son ébauche de projet, annoncé "Création Fabrice Murgia" en début de saison 2011/2012, est donc devenu"ExilS", et is'inscrit dans un grand et ambitieux projet artistique européen.

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Projet "Villes en Scènes/Cities on Stage" (Vescos) - Belgique Du 24/01/2012 au 11/02/2012 à Du Ma au Sa : 20 h 30 - Me : 19 h 30 Théâtre National Boulevard Emile Jacqmain B-1000 Bruxelles, Bruxelles Téléphone : 022034155. Site du théâtre Réserver  

Exils

de Fabrice Murgia

"Théâtre multimedia" Théâtre
Mise en scène : Fabrice Murgia assisté de Catherine Hance
 
Avec : Olivia Carrère, Jeanne Dandoy, François Sauveur, El Hadji Abdou Rahmane Ndiaye

Scénographie : Vincent Lemaire

Création vidéo : Jean-François Ravagnan

Création sonore : Yannick Franck

Composition musicale : Laurent Plumhans

Création lumière : Xavier Lauwers

Régie : Giacinto Caponio, Romain Gueudré, Simon Pirson, Didier Covassin - Machinerie : Jean-François Opdebeeck - Stagaire : Emily Brassier

Maquillage : Dominique Brevers

Recherches : Alicia Herteler et Georges Hicter

Durée : 50 minutes Photo : © Cici Olsson  

Création : Compagnie"Artara"(avec le soutien de"Eubelius")

Coproduction : Théâtre National, Bruxelles/Odéon-Théâtre de l'Europe, Paris/Teatro Stabile di Napoli, Naples/Teatrul National Radu Stanca, Sibiu

Avec le soutien de la Commission Européenne dans lecadre de "Villes en Scènes/Cities on stage", de "Fotti Cultures" et de l'ESACT - Remerciements au C.I.R.E.

Le projet VILLES EN SCENES/CITIES ON STAGE (VESCOS), soutenu par la Commission Européenne, a été officiellement lancé à Bruxelles ce 24 janvier 2012, par la première des sept créations qui seront réalisées dans ce cadre et promises à la plus large tournée.  Il implique 6 villes, 6 théâtres pour 7 projets théâtraux, outre le Théâtre National pour la Belgique : FolkTeatern (Göteborg/Suède), Odéon-Théâtre de l'Europe (Paris/France), Teatrul "Radu Stanca" (Sibiu/Roumanie) Teatro Stabile di Napoli (Naples/Italie), Teatro de La Abadia (Madrid/Espagne).
De nombreuses activités sont prévues autour des spectacles qu'il ne s'agit pas seulement d'échanger. Des "workshops" sont prévus, et diverses rencontres; des expériences seront partagées par les metteurs en scène : Lars Norén, Joël Pommerat, Gianina Carbunariu, Antoni Araùjo, Emma Dante, Frank Castorf, tandis que d'autres artistes seront associés :  exposants, dirigeants d'ateliers, de projets d'écoles... On notera que Armel Roussel, pédagogue et l'un des nos meilleurs metteurs en scène, animera  un atelier avec de jeunes acteurs roumains, à Bruxelles, en 2012.