Comment ne pas céder au jeu des comparaisons alors que deux semaines à peine séparent les deux approches ! Sans en faire une longue liste - l'une et l'autre version sont intéressantes - relevons quelques constats importants. Le premier est que les deux équipes n'ont pas voulu entrer en concurrence, seul un heureux hasard (de calendrier) les a fait rencontrer le même intérêt pour une pièce. Découverte plus tardive pour l'équipe belge du Poche, projet s'étalant depuis plusieurs années pour la compagnie française de Michel Didym, Boomerang, et dont une tournée en Belgique et en France est l'aboutissement.
Le spectateur avait d'abord fait la connaissance d'un jeune auteur inconnu, il s'était familiarisé avec son univers et l'on pouvait penser que sa surprise serait émoussée ensuite et que la pièce, revue, lui semblerait plus longue. Et l'auteur lui-même n'avait-il pas stipulé clairement que trois comédiens et une comédienne devraient se partager les nombreux rôles, en accompagnant les répliques de nombreuses didascalies ?
Il n'en a rien été car, d'une part, un rythme général soutenu était cette fois bien présent, en temps chrono un quart d'heure supplémentaire qui - paradoxe - fait pourtant paraître le spectacle plus court, et d''autre part, certains choix ont même rendu le message de Jonas Hassen Khemiri plus percutant, surtout pour les passages, transposés ou non, de la vie de l'auteur. Particulièrement à la fin, quand il donne la parole à son petit frère pour le récit de ce qui pourrait être le déclic, la prise de conscience du "danger"... son traitement par tous (mais dit par deux comédiens) fait basculer complètement le style du spectacle vers le sérieux, le témoignage vrai qui, de sobre et monocorde, devient ici interpellant et poignant.
Le contraste est d'autant plus fort que tout ce qui a précédé est traité sur un mode résolument comique (burlesque parfois et même un peu trop appuyé) abondant en trouvailles scéniques. Pas de gris intemporel, le décor est à la fois clinquant - grand escalier de cabaret ou plateau télé - et très parlant avec ses trompe l'oeil... comme les faux experts, analyses et informations, donnant la pleine mesure à l'ensemble, d'une féroce dérision.
L'apport de deux musiciens, bien présents, changeant de style et improvisant au gré des scènes, s'avère un ajout qui ne dénature pas les intentions de l'auteur, mais qui les prolonge et les accentue. Par contre, on peut regretter n'avoir pas entendu davantage l'accent, et la langue perse, du "cueilleur de pommes" qui reste mal défini, moins pitoyable...mais c'était avant cette fin dramatique, nous étions encore dans le climat léger, voulu par le metteur en scène et ses acteurs débordants de punch dans une scénographie inventive.
On n'abulkasemera pas de sitôt un autre nom, tout aussi "étrange" : Jonas Hassen Khemiri, jeune auteur tuniso-suédois ...
C'est en 2007 que Jonas Hassen Khemiri a entendu son texte en français, lu à la"Mousson d'été", à Pont-à-Mousson/France, un festival-rencontre (16 ans d'existence) dont l'initiateur n'est autre que...Michel Didym, par ailleurs créateur de la MEEC (Maison Européenne des Ecritures Contemproraines) et directeur du Théâtre de la Manufacture/CDN de Lorraine-Nancy où sera crée "Invasion !" il y a juste un an.
Fidèle à ses complices de toujours : Alain Françon, Jacques Gabel ou ici Joël Hourbeigt pour la lumière, Didym n'est pas un inconnu au Varia, notamment en seul et inoubliable acteur du "Dépeupleur" de Beckett (voir archives 2007 RDT) !
Nous le retrouvons en tant que metteur en scène sur le présent projet avec son excellente équipe - trois comédiens (Quentin Baillot, Luc-Antoine Diquéro, Zakariya Gouram), une comédienne (Julie Pilod), deux musiciens (Flavien Gaudon et Philippe Thibault) - à laquelle se sont jointes les Belges Sarah de Battice pour la scénographie et Anne-Sophie Lecourt pour les costumes.
Suzane VANINA, Bruxelles










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