Ecrite en 1874, le Quatreving-treize de Victor Hugo demeure, à ce jour, l’une des plus belles partitions écrite sur la Révolution française. L’écrivain raconte, avec pour toile de fond les plus terribles années de la Révolution, la confrontation entre deux mondes, deux visions de l’histoire, de la politique et de l’honneur. D’un côté, le marquis de Lantenac, qui défend la cause du Lys – il incarne l’Ancien Régime, le respect de la tradition, l’amour du sacré. De l’autre, Cimourdain, le révolutionnaire, envoyé du comité de salut public, qui tuerait père et fils pour l’honneur des Bleus. La liberté du peuple est son obsession. L’inflexibilité, son principal trait de caractère. Il est l’image d’une « ligne droite qui ne connaît pas la courbe ».
Et puis il y a Gauvain, le neveu de Lantenac, symbole de la modernité. Jusqu’au bout, il refusera le radicalisme des uns, l’intransigeance des autres. Sa noblesse d’esprit le mènera à sa perte. Un récit riche, fouillé, que le metteur en scène a choisi d’adapter avec simplicité.
Clair-obscur intimiste
Goedefroy Ségal laisse vivre le texte – le plateau est presque nu, à l’exception de deux écrans où sont projetés les fusains de Jean-Michel Hannecart. On y devine les personnages du roman, les bateaux anglais, les effusions de sang. Ils apportent la touche de blanc qui contraste avec le plancher noir. La ligne tracée au sol marque l’espace de jeu – les deux conteuses, l’une côté cour, l’autre côté jardin, font face aux spectateurs tout au long du spectacle. Le tout est saupoudré d'une lumière délicate, qui donne l’impression d’un clair-obscur intimiste. Et réussit à capter l’attention du public.
Presque tout repose sur l’interprétation des cinq comédiens. Vêtus de simples habits de ville de couleur sombre, c’est sur la voix et sur le geste qu’ils se concentrent. Volontaires et enthousiastes, ils ne manquent pas de charisme. Mais, et c’est dommage, se montrent trop souvent imprécis. Les mots sont quelquefois écorchés, les scènes mimées manquent de clarté – comme si, parfois, ils jouaient à jouer. Ils parviennent cependant à rendre vivant un récit qu’il est bien ambitieux d’adapter à la scène. Le texte, intelligemment découpé, ne perd rien de sa grandeur. Godefroy Ségal donne l'occasion d’entendre les mots aussi sensibles qu’ils sont violents d’un Victor Hugo devenu résolument républicain à la fin de sa vie. Des mots qui suffisent à faire de cet instant un joli moment de théâtre.
Daphnée BREYTENBACH, Paris










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