Publié le 2 février 2012
Catherine Hiégel propose une mise en scène haute en couleurs et très bon enfant de cette comédie-ballet présentée dans son intégralité, musique et danse comprises, avec François Morel dans le rôle-titre.

Si ce n’est pas la pièce la plus intéressante de Molière, elle est très souvent mise en scène. En ce moment, on ne compte pas moins de quatre Bourgeois à Paris (Marcel Maréchal, Laurent Serrano, Michel Bouttier et Catherine Hiégel). Ce bourgeois-là est un grand enfant qui veut jouer à l’adulte, fait des moues et des caprices, s’émerveille de tout et de rien ; il est la dupe de ces maîtres en tous genres qui pressurisent sans vergogne ce pauvre petit bourgeois qui rêve de s’élever au rang de personne de qualité sans se soucier du bonheur de sa famille ni des dépenses somptuaires occasionnées. François Morel, parfois un peu benêt, est touchant de naïveté et de candeur, mené par le bout du nez aussi bien par les profiteurs de tous poils que par ses proches qui inventent cette mascarade de mamamouchi pour arriver à leurs fins.

Le contraste entre cette interprétation en demi-teintes et l’agitation ambiante aurait eu plus de force sans les excès d’une mise en scène décidément surchargée. Alain Pralon est épatant en maître de philosophie mais aux prestations masculines, on préférera celles des femmes. Marie-Armelle Deguy, serrée dans son habit austère auquel pend le flacon de sels dont elle a grand besoin et le trousseau de clefs d’une femme d’intérieur attentive, la tête prise dans une coiffe stricte, déclenche les rires par ses formidables explosions de colère et de bon sens qui trouvent écho, comme toujours chez Molière, chez la servante pétulante interprétée avec une vive simplicité par Géraldine Roguez. Quand à Mlle Jourdain, elle a les traits gracieux de Caroline Pélicier. Côté musique aussi, les femmes se distinguent, avec la belle voix de soprano d’Eugénie Lefèbvre qui montre aussi une belle présence. C’est sûr, l’esprit est dans le camp des femmes.

Vous avez dit baroque ?

Dans le genre reconstitution d’époque, Benjamin Lazare avait proposé une version baroque de la pièce très réussie mais ici ce serait plutôt une parodie des fastes de Versailles malgré le très professionnel ensemble baroque 'La Rêveuse'. Le parti pris de Catherine Hiégel, surprend, elle si familière de Molière pour l’avoir beaucoup joué et mis en scène à la Comédie-Française avec talent.

Son Bourgeois gentilhomme -surtout la deuxième partie- relève du spectacle pour enfants qui compenserait le manque d’inspiration par une profusion de moyens techniques et d’effets spectaculaires, de la scénographie carton-pâte de Goury jusqu’aux costumes hauts en couleurs de Patrice Cauchetier. Paradoxalement, alors que la scène est en proie à une effervescence continue, entre les entrechats de danseurs éthérés, les cavalcades de cour à jardin et vice-versa, et les prestations de l’ensemble musical installé sur une tournette qui tourne beaucoup, cela manque de rythme. On serait tenter de dire que ce spectacle s’est pris au piège des apparences tout comme ce pauvre monsieur Jourdain, noyé dans ses falbalas de roi soleil.

Corinne DENAILLES, Paris

Le Bourgeois gentilhomme
Paris Du 12/01/2012 au 27/05/2012 à du mardi au vendredi 20h, samedi 20h30, dimanche 15h Théâtre de la Porte Saint-Martin 16 boulevard Saint-Martin, 75010 Paris Téléphone : 01 42 08 00 32. Site du théâtre

tel: 0142080032

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Le Bourgeois gentilhomme

de Molière

Théâtre
Mise en scène : Catherine Hiégel
 
Avec : François Morel, Marie-Armelle Deguy, Emmanuel Noblet, Alain Pralon, Stephen Collardelle (haute-contre), Héloïse Wagner, Camille Pélicier, Gilian Petrovski, David Migeot, Géraldine Roguez, Eugénie Lefebvre (soprano), Anicet Castel (baryton-basse), Frédéric Verschoore (danseur), José Costalat (danseur), Romain Panassié (danseur) et Olivier Bioret (danseur), Julien Azilazian (danseur). Musiciens : Stéphane Dudermel, Olivier Brian, Bérengère Maillard (violon baroque), Benjamin Perrot, Thibaut Roussel (Théorbe), Claire Gratton (viole de gambe), Florence Bolton (basse de viole), Isabelle Lucas (violon), Pierre Gaillon (clavecin)

Décors : Goury

Costumes : Patrice Cauchetier

Lumières : Dominique Borrini

Chorégraphie : Cécile Bon

Direction musicale : Benjamin Perrot.

Durée : 3h Photo : © M. Maggliocca