Qu’advient-il lorsqu’une partie d’un pays est séparée de l’autre par une frontière administrative qui fait qu’une partie appartient à un régime linguistique et la seconde à un autre ? Que se passe-t-il surtout lorsque l’application des lois, décrets, règlements concernant cette matière sont appliqués à la lettre puisqu’il n’est plus question alors d’esprit ? On sombre inévitablement dans l’absurde.
C’est bien ce qui se produit ici lorsque certains décrètent que le code de la route va devenir différent selon les régions. Lorsque d’autres, afin d’en faciliter l’application établissent une frontière qui, entre autre, passe au milieu même d’une habitation où vit un couple mixte, Ruben originaire de la francophonie et Lies issue d’une patrie néerlandophone.
Ils sont mis devant le fait accompli de l’installation d’un check point dans leur salon et de la présence permanente d’un douanier qui essaie avec rigueur d’appliquer les décisions gouvernementales. Ils doivent même posséder un passeport pour passer d’une pièce à sa voisine, et y parler exclusivement chaque fois la langue officielle.
On imagine aisément tous les tracas que cela engendre et les ridicules où cela mène. Ce qui en fait une métaphore pas si folle que cela de la situation des Belges face à la législation en vigueur lorsque des élus l’appliquent aveuglément. Et c’est bien cette ineptie fondamentale liée à tout nationalisme étriqué qui se montre ici sur scène tant pour le jeune public que pour les parents.
Une farce volubile mais salutaire
La troupe est composée de comédiens musiciens et de marionnettes, de francophones et de flamandophones. Jamais ne cesse l’alternance tant dans le langage que dans les interprètes. Les acteurs se donnent physiquement à fond. Les pantins, surtout ceux grandeur humaine, sont fabuleusement expressifs. Le rythme du spectacle est cavalcadant.
Peut-être est-ce là que le point faible de cette réalisation apparaît. La volubilité des mots n’étant pas toujours servie par une diction suffisamment élaborée, la saveur des paroles perd une part de sa causticité. Ainsi le chien narrateur, particulièrement bavard, doit-il encore trouver une vraie connivence avec sa manipulatrice pour être en communication avec la salle.
Sinon, cette farce allègre souligne la bêtise de ceux qui exercent leur pouvoir pour le pouvoir et non pour l’amélioration de la vie des citoyens. Nous ne sommes pas si loin de la réalité en ce qui concerne certaines communes de Belgique. Heureusement que le bon sens de la majorité des gens permet de sortir de ces dérives communautaristes et qu’il y a assez d’autodérision chez eux pour aller au-delà d’une telle stupidité.
Michel VOITURIER, Bruxelles










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