Babel Ere
Publié le 1er février 2012
Le problème des frontières linguistiques en Belgique est récurrent. Mais il pourrait être transposé ailleurs. Là où les conflits intérieurs mettent en affrontement des clans, des croyances, des modes de vie rendus incompatibles par manque d’ouverture d’esprit.

Qu’advient-il lorsqu’une partie d’un pays est séparée de l’autre par une frontière administrative qui fait qu’une partie appartient à un régime linguistique et la seconde à un autre ? Que se passe-t-il surtout lorsque l’application des lois, décrets, règlements concernant cette matière sont appliqués à la lettre puisqu’il n’est plus question alors d’esprit ? On sombre inévitablement dans l’absurde.

C’est bien ce qui se produit ici lorsque certains décrètent que le code de la route va devenir différent selon les régions. Lorsque d’autres, afin d’en faciliter l’application établissent une frontière qui, entre autre,  passe au milieu même d’une habitation où vit un couple mixte, Ruben originaire de la francophonie et Lies issue d’une patrie néerlandophone.

Ils sont mis devant le fait accompli de l’installation d’un check point dans leur salon et de la présence permanente d’un douanier qui essaie avec rigueur d’appliquer les décisions gouvernementales. Ils doivent même posséder un passeport pour passer d’une pièce à sa voisine, et y parler exclusivement chaque fois la langue officielle.

On imagine aisément tous les tracas que cela engendre et les ridicules où cela mène. Ce qui en fait une métaphore pas si folle que cela de la situation des Belges face à la législation en vigueur lorsque des élus l’appliquent aveuglément. Et c’est bien cette ineptie fondamentale liée à tout nationalisme étriqué qui se montre ici sur scène tant pour le jeune public que pour les parents.

Une farce volubile mais salutaire

La troupe est composée de comédiens musiciens et de marionnettes, de francophones et de flamandophones. Jamais ne cesse l’alternance tant dans le langage que dans les interprètes. Les acteurs se donnent physiquement à fond. Les pantins, surtout ceux grandeur humaine, sont fabuleusement expressifs. Le rythme du spectacle est cavalcadant.

Peut-être est-ce là que le point faible de cette réalisation apparaît. La volubilité des mots n’étant pas toujours servie par une diction suffisamment élaborée, la saveur des paroles perd une part de sa causticité. Ainsi le chien narrateur, particulièrement bavard, doit-il encore trouver une vraie connivence avec sa manipulatrice pour être en communication avec la salle.

Sinon, cette farce allègre souligne la bêtise de ceux qui exercent leur pouvoir pour le pouvoir et non pour l’amélioration de la vie des citoyens. Nous ne sommes pas si loin de la réalité en ce qui concerne certaines communes de Belgique. Heureusement que le bon sens de la majorité des gens permet de sortir de ces dérives communautaristes et qu’il y a assez d’autodérision chez eux pour aller au-delà d’une telle stupidité.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Leuze-en-Hainaut - Belgique Le 27/01/2012 à 20h Hôtel de ville Avenue de la Résistance 1 Téléphone : +32(0)69 66 98 40. Site du théâtre Réserver   Bruxelles (Boisfort) - Belgique Du 31/01/2012 au 03/02/2012 à 20h30 Les Écuries 3, place Gilson Téléphone : 02 663 13 59. Site du théâtre Réserver  

Babel Ere

de Héloïse Meire

Théâtre
Mise en scène : Héloïse Meire, Valentine Lapierre
 
Avec : Cécile Delberghe,  François Demoulin, Tom Mannaerts,  Elise Steenackers

Texte: Héloïse Meire

Assistanat à la mise en scène : Julie Janssens

Scénographie, création marionnettes : Cécile Hupin

Création lumières : Laurence de Lafontaine-Mockle

Musique : Eric Vandervelde , Jennifer El Gammal

Chorégraphie : Léonore Guy

 

Durée : 1h15 Photo : © DR  

Production : Compagnie What’s up