L’aventure d’Abderzak Houmi commence très jeune, passionné par la musique de M. Jackson et par sa palette de tonalité ainsi que par la musique Soul, Hip Hop. Originaire de la banlieu de Tours, il fréquente beaucoup la MJC qui jouera un rôle majeur dans son accès aux activités artistiques et chorégraphiques. En 2001, sa pratique de danse amateur prenant de plus en plus de place dans sa vie, il abandonne les études pour se consacrer à la danse, en créant la Cie X Press.
Comment avez-vous découvert la danse et plus spécialement le Hip Hop ?
A.H : La MJC et l’espace Malraux de Joué Les Tours furent des acteurs moteurs dans la naissance d'un Festival appelé Les Rencontres Régionales de Danses Urbaines. C'est un temps fort qui a pour objectif de programmer des spectacles amateurs et professionnels, mais aussi soutenir l'émergence de groupes amateurs et les échanges entre des danseurs professionnels et des danseurs amateurs. Autant que ce fut un vivier magnifique. Ce que j'ai aimé d'emblée c'est la liberté qui me semblait habiter cette création. Par ailleurs, je me suis nourri de spectacles de danse soit en me rendant dans des salles, soit par le biais de captations vidéo. Ainsi c'est à la fois, des circonstances géographiques, culturelles, artistiques et humaines qui m'ont amené vers le Hip Hop.
Quelles sont les influences gestuelles de votre danse ?
A.H.: Je suis ennuyé par la formulation de cette question car cela est souvent source d'un étiquetage malheureux. Je définis surtout ma danse comme une recherche constante. Mes racines de danseurs ont été alimentées par le Hip Hop. J'ai suivi des stages auprès des représentants de la première génération de la danse hip hop. Certains étaient américaines, d'autres français. Dans mon expérience chorégraphique en tant qu'interprète des Fables à la fontaine, j'ai ensuite croisé des chorégraphes et des danseurs d'autres horizons. Je vais voir tous les spectacles que je peux voir car j'ai l'impression que les années passant, je développe une recherche sur la ligne et sur l'hybridation des formes. Je suis curieux avant tout et les rencontres alimentent mon travail. Par exemple, la prochaine création Face à Face a été impressionnée par la rencontre avec un ensemble de musique baroque. Ce fut l'occasion de réfléchir sur les liens entre la virtuosité baroque et la virtuosité que l'on attribue au Hip Hop. C'est aussi accepter de se déplacer sur un terrain moins connu. Pour écrire cette pièce, j'ai travaillé sur le geste, sur le corps comme on jouerait d'un instrument à cordes.
Y a-t-il une grande part d’improvisation ?
A.H Cette part est indéniable dans le processus de création. On parle de travail en laboratoire. Il peut prendre des formes diverses. Parfois je donne des consignes ou des contraintes (d'espace, de d'énergie, de niveau de corps) et les danseurs me font des propositions. Ainsi dans ma précédente pièce 3 Au Cube, nous avons travaillé avec des cubes en mousse de grande taille à l'échauffement et du jeu avec les objets sont venus des mouvements que j'ai gardés.
Qu’est- ce qui vous plaît dans cette danse ?
A.H : Ce n'est pas cette danse qui me plaît, c'est la danse. Mais ce qui me relie au Hip Hop est fort, bien sûr. Ce sont mes racines, des rencontres, des mois de travail, des éblouissements, des amitiés, des crises de rire et aussi des valeurs originelles qui me plaisent, en particulier celle du respect (ce mot est l'une des clefs quand le Hip Hop a été créé et qu'il a véhiculé un message de paix dans des quartiers défavorisés et violents). J'aime aussi l'énergie qui se dégage de ce mouvement.
Le Hip Hop est-il un simple mouvement culturel ou un art ?
A.H : Je ne parle nécessairement du Hip Hop comme d'un art car le mot qui convient mieux c'est celui de mouvement. Un mouvement culturel et artistique rassemble un ensemble d'artistes et de pratiques dans un temps donné, une époque précise. Le mouvement Hip Hop se décline en musique (Djing, RAP, Beat Boxing), en arts graphiques (Graff), en danse. A l'ntérieur de la danse, on peut distinguer deux pratiques ces dernières années : les battles et les spectacles de plateaux (sur scène). On peut également distinguer des techniques, comme la breakdance, le locking, le smurf etc. Il y a des codes, des déclinaisons, un vocabulaire et une histoire qui s'écrit depuis les années 70. Autant de pistes qui définissent un mouvement culturel. Mais je reviens à la question de l'art. Oui je suis artiste, je vis de mon métier de danseur-chorégraphe. C'est ma profession. Par ailleurs, je ne parle pas de Hip Hop seulement quand on me demande ce que je fais, je dis que je pratique l'art chorégraphique et bien de cela qu'il s'agit. J'explore des pistes d'écriture, j'imagine des spectacles vivants, j'interprète. Oui, la danse, c'est de l'art. Cela pourrait sembler catégorique de dire cela mais c'est ce à quoi j'aspire. Et je ne souhaite pas mettre d'étiquette sur ma pratique, je ne suis pas un porte étendard, je commence à avoir une histoire en danse et j'espère que cela va continuer.
Participez-vous à des « Battles » ?
A.H : Non, mais la compagnie X.Press en organise. C'est l'une de nos activités. Nous avons dessiné trois axes à la compagnie : création, formation et organisation. C'est ainsi qu'au fil des années, nous sommes de plus en plus impliqués dans certains évènements, en particulier les Rencontres de Danses Urbaines qui nous ont choisis comme partenaire associé depuis plusieurs années.
Pensez-vous qu’il s’agisse d’une sorte de contre-culture par rapport à la danse dite académique, ou par rapport à la société dans son ensemble ?
A.H « Il semble de difficile de répondre dans l'ensemble. C'est un vaste sujet que celui-ci. La danse Hip Hop a une liberté grande mais elle est parfois saisie par des courants, des influences télévisuelles ou scopiques qui peuvent être dominantes. On ne peut pas nier une forme de marchandisation et cela doit éveiller l'attention et la vigilance afin de ne pas tomber dans l'uniformisation. En revanche, je trouve qu'elle a des qualités de vitalité qui ne sont pas toujours reconnues.
Le Hip hop est-il reconnu artistiquement dans notre société ?
A.H : Je ne parle ici que de la danse. Oui, à présent, on peut le dire. L'Etat et d'autres institutions, ont nommé des chorégraphes issus du mouvement Hip Hop à la tête d'établissements importants : CCN de la Rochelle avec Kader Attou, ou celui de Créteil avec Mourad Merzouki et Bianca Li. On peut constater qu'à l'heure actuelle, beaucoup de grandes scènes nationales programment au moins une troupe de Hip Hop chaque saison. La danse dite Hip Hop est de plus en plus visible. Cela ne veut pas dire que tout le monde la reconnaît à part entière pour de la danse, mais cela fait partie des défis à relever. Il faut expliquer, donner à voir et laisser les gens faire l'expérience des choses. Il faut aussi être patient, tout est allé très vite d'une certaine manière.
Pensez-vous que la Hip Hop influence la société ou une partie de celle-ci ?
A.H : le mouvement à coup sûr pour les raisons évoquées précédemment. En matière de danse, oui elle l'influence la danse au sens large. Certains chorégraphes ont depuis longtemps fait appel à des danseurs issus du mouvement Hip Hop, comme Montalvo* et Hervieu* par exemple. Mais inversement la danse Hip Hop se frotte aussi aux autres références et cette rencontre ne manque pas d'intérêt. C'est une richesse qui crée des frictions, des tensions génératrices de création.
Peut-on dire qu’il y a un message politique dans la danse Hiphop ?
A.H : Chez certains chorégraphes, oui. On peut dire que cela s'est fait entendre surtout si l'on prend le sens de politique au sens large, ce qui concerne les citoyens, la vie de la cité. Alors oui, bien sûr ces chorégraphes ont partie liée avec la politique. Mais cela n'est pas un terrain obligatoire, c'est une étape, ou encore un besoin. Pour ma part, je travaille souvent sur l'abstraction et l'on pourrait convenir que cela semble loin de la politique. Mais par exemple, je mène un projet qui se nomme Alifat Mat (ce qui est passé est mort en arabe). C'est une pièce pour musicienne et danseurs au sujet de l'exil et de l'émigration. Oui, c'est un sujet politique (cela ne me concerne pas en propre mais tous ceux qui d'une manière ou d'une autre se posent la question de la faculté humaine qui consiste à résister à pareille déracinement) et oui, c'est un sujet qui touche à l'intime et oui, j'écris une danse abstraite aussi. Cela peut tenir ensemble.
Le Hip hop fait-il évoluer notre société sous l’angle culturel, mais aussi social ?
A.H: Si l'on veut parler des origines sociales des chorégraphes ou des danseurs, je ne saurais généraliser ou extrapoler pour l'époque actuelle. Ce que je vois, c'est que les gens qui pratiquent cette danse en amateurs sont de moins en moins cloisonnés dans des cadres géographiques ou sociaux. C'est plutôt une ouverture qui est notable. Quant aux artistes, ils sont cosmopolites comme bien souvent dans les métiers liés à la création.
Quel accueil reçoit votre danse en général ?
A.H : Ce n'est pas moi le mieux placé pour répondre. Mais j'aime les retours, les rencontres avec le public, avec les amateurs que je forme, avec les danseurs qui travaillent avec moi. Je reçois aussi un soutien des institutions (Etat, Région, Département, Ville) et c'est aussi une forme de reconnaissance.
Propos recueillis par Arnaud GAONAC'H, Tours
*Montalvo, chorégraphe français de danse contemporaine dirige avec Dominique Hervieu (chorégraphe et danseuse) le Théatre National de Chaillot depuis 2008. Leur écriture chorégraphique se nourrit de danse classique, Hip hop, danse africaine…










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