Publié le 3 février 2012
La question de la dépendance est au cœur des questions sociétales du monde moderne. Mais au-delà de la question politique, c’est aussi et peut être même surtout, une question humaine. Sur laquelle se penche la compagnie Ophélie avec délicatesse. Et justesse.

On va croiser Gilles, Albert, Denis et bien d’autres. Tous ont en commun la douloureuse question de la lente (ou parfois brutale) descente vers la dépendance. Ils sont travailleurs sociaux, enfants de personne âgée ou âgés eux-mêmes et ils doivent faire face aux premiers symptômes de la dégradation physique ou mentale.  De deux frères qui refusent de voir que leur mère « perd la tête » à un père qui a du mal à faire accepter à son fils que sa force physique n’est plus ce qu’elle était en passant par un vieil homme aigri de perdre son autonomie, ce sont des parcours de vie délicats que la compagnie Ophélie nous évoquent. Avec retenue et pertinence.

« Aidez moi un peu, beaucoup, pas trop » se présente comme une succession de saynètes mettant en scène tous les protagonistes  confrontés à la question de la dépendance. Les personnes âgées elles-mêmes, bien sur, mais aussi leurs enfants, leurs conjoints et les personnes qui les entourent au quotidien. Ce qui permet de mettre en évidence la complexité des situations, personne ne vivant et n’appréhendant les choses de la même manière.

Si la pièce est bâtie de façon relativement dynamique car les personnages sont retrouvés successivement à trois périodes charnières de leur histoire, on peut toutefois trouver l’ensemble un peu trop statique. Sans doute, le sujet même de la pièce rend nécessaire une certaine forme d’immobilisme, mais les scènes présentées semblent parfois manquer de réelle mise en scène. Il n’en demeure pas moins vrai que les comédiens (deux seulement pour endosser tous les rôles) arrivent à véritablement incarner leurs personnages, sans jamais grossir le trait, en livrant au public des tranches de vie parfois drôles, parfois douloureuses. Toujours en phase avec une réalité qu’il n’est pas simple d’aborder. Et c’est à coup sur la force intrinsèque de la pièce : rendre accessible la question du vieillissement de la population et de la dépendance à tout un chacun. Pour dédramatiser, apprendre à préparer l'avenir de ses proches ou le sien.

La perception individuelle du message sera sans doute variable selon son propre chemin de vie. Les uns y projetteront un parent ou un grand parent, d’autres s’y projetteront eux-mêmes, ce qui rendra forcément les choses plus douloureuses. Mais tous y trouveront à réfléchir. Et peut être, à changer son regard sur l’autre.

Karine PROST, Tours

Aidez moi un peu, beaucoup, pas trop
Tours Du 19/01/2012 au 20/01/2012 à 15h - 20h30 Salle Ockeghem Place de Chateauneuf 37000 TOURS  

Aidez moi un peu, beaucoup, pas trop

de Philippe Dulin et Michel Babillot

 
Avec : Philippe Dulin et Michel Babillot
Durée : 1h Photo : © Eric Delaunay