Critique - Jeune Public - Huy
Los Yayos
Danses de salon pour grands-parents frétillants
Par Michel VOITURIER
Un couple de personnes âgées entre dans un lieu de pénombre. Il hésite, repart, revient. Il est dans une salle de bal à l’ancienne, un peu, toutes proportions gardées, comme dans « Le Bal » d’Ettore Scola et Jean-Claude Penchenat. Et, dans cette œuvre-là autant que dans cette œuvre-ci, pas de paroles. Le spectacle est visuel, enrobé de musiques, ponctués de bruitages. Il parcourt des décennies différentes.
Fameuse performance que celle d’Isabelle Verlaine et de Miguel Camino Fueyo ! Ils réussissent à bâtir leurs personnages à partir de gestes anodins, ordinaires, insignifiants qui se métamorphosent en danse. Les relations entre la femme et l’homme se lisent à partir d’une attitude, d’un tic, d’une action. La fluidité prévaut. D’une séquence à l’autre, les épisodes s’enchaînent.
Là apparaît une dimension psychologique. Les tensions qui agacent, les habitudes pratiquées inconsciemment, les anciennes rancœurs ressurgies. La tendresse qui les relie se laisse par ailleurs percevoir, discrète, omniprésente. Du coup, ils en deviennent touchants avec leurs querelles latentes, leurs manies supportées même si elles insupportent, leur nostalgie active qui se transforme en belle énergie de plaisir de vivre, au-delà des déficiences physiques de l’âge, des difficultés à affronter les aléas journaliers.
Certes, des répétitions s’allongent parfois sans renouvellement. Le leitmotiv du sac pris, repris, subtilisé, rendu, ouvert, fermé, caché, retrouvé finit par lasser. Il est vrai que faute de mots, la gestuelle se doit d’être compréhensible. Ce qui présuppose quelques redites.
La leçon de vie est belle. Elle se termine par un flash back lumineux replaçant le couple au temps de sa jeunesse. Il est illustré par un décor filmé. Un incident technique en a privé les spectateurs lors d’une des représentations. Le public a cependant fort bien compris ce retour en arrière. Ce qui tenterait à prouver la vanité des effets vidéo que pas mal de metteurs en scène se croient obligés de surajouter à cause d’une mode technologique souvent moins efficace que la présence réelle des comédiens sur la scène.
Michel VOITURIER, Huy










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