Il ne s'agit pas vraiment d'une découverte-création pour la Belgique, mais d'une re-création, et cette fois, l'oeuvre est portée à la scène par des actrices et acteurs qui sont entrés avec autant d'humour dans la réalisation imaginée par Christine Delmotte, que celle-ci, adaptatrice, metteure en scène et scénographe.
Généralement inspirée par des oeuvres de haut vol comme "Milarepa", "Nathan le Sage"ou "Sur les traces de Siddharta", elle s'était déjà frottée au monde particulier d'Amélie avec "Biographie de la Faim"(en 2009). Et déjà, trois des comédiennes, Stéphanie Blanchoud, Jessica Gazon et Ingrid Heiderscheidt faisaient partie de la distribution, ici complétée par Catherine Decrolier, Maroine Amimi, Christophe Destexhe et Quentin Minon, une équipe homogène.
C'est donc en habituée de l'univers romanesque de l'auteure que l'équipe a abordé ce"Sabotage..."et la version de la compagnie"Biloxi 48" est autrement plus dynamique que celle que nous avions pu voir il y a quelques années. C'est qu'il n'est pas aussi facile qu'il y parait de porter à la scène ou à l'écran la langue notombienne, d'en restituer la virtuosité avec légèreté sans sacrifier au "ton Poétique".
La joyeuse bande de comédiens et comédiennes, jeunes mais solides et expérimentés, débordants de fantaisie, est tout à fait emballante et se passerait même de certains effets pyrotechniques et autres gadgets scénographiques, parfois trop abondants ou répétitifs, le décor est déjà très "parlant"; ils s'emparent du projet et en jouent, s'amusant tout en amusant. Ils sont sept à se partager et intervertir les rôles, notamment ceux d'Amélie et d'Elena ou, de manière désopilante, à camper les catégories :"Les Femmes", Les Petites-Filles" et "Les Ridicules(enfants et adultes)" composant selon eux (enfin selon surtout Amélie) la société qu'ils connaissent.
"Le conte édifiant et véridique de la petite Amélie" ou "Une autobiographie Jeune âge et Premiers émois"
Autant elle adore le Japon d'où elle provient - Amélie Nothomb est née à Kobé - autant elle abhorre la Chine où elle résidera de 5 à 8 ans : trois ans d'une enfance imaginative, dans les années 70, à Pékin, dans un endroit confiné nommé San Li Tun ou "La Cité des Ventilateurs". Ici, fini l'air conditionné et le confort japonnais : c'est le régime du ventilateur (qu'il fonctionne ou non) que subira Amélie, fillette (déjà) originale et délurée, dans la Chine de Mao.
Tout de même, parler de "ghetto" à propos du petit cercle huppé et fermé de diplomates & familles "en poste à Pékin", aurait quelque chose d'indécent vis-à-vis des vrais ghettos anciens et actuels, mais il est vrai qu'une enfance dorée en milieu clos bétonné et surveillé pourrait y ressembler, d'où les clichés et les idées toutes faites qui ont coloré les jeux de ces gosses de riches de diverses nationalités. On ne joue donc non pas à cow-boys-indiens mais à "la guerre mondiale", en s'inspirant de toutes ses horreurs véhiculées par les adultes. Et puis surtout il y a Eléna, Amélie et son cheval-vélo... la chevauchée d'une gosse déjà pas tout à fait comme les autres.
Ce ne sont donc pas des mots d'enfant que nous entendrons mais la langue caractéristique, élaborée, parfois précieuse, de l'écrivaine qui se tourne vers son passé, sans même se donner la peine de changer les noms des protagonistes, en premier lieu elle-même, bien sûr. Ne dit-elle pas d'ailleurs :"handicapée par une enfance trop heureuse, je suis abonnée à la nostalgie" ? Certes, il s'agit d'un de ses tout premiers romans, et qui la lança tous azimuts, mais publié...alors qu'elle avait 26 ans ? Ce n'est qu'en 2011 qu'un titre surgira (enfin) "Tuer le père"... étrange n'est-il pas ?
Améliephiles, Notombivores, réjouissez-vous : vous retrouverez intact ce ton particulier que vous aimez, ce parfum décalé-délicat, teinté d'une pointe d'ironie... Point de vitriol violent, laissons-le aux vrais cyniques à la Cioran, mais une verve dans la veine d'un humour distingué et érudit.
Suzane VANINA, Bruxelles











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