Critique - Théâtre - Mons
Tout le monde veut vivre
Personne ne veut donc mourir
Par Michel VOITURIER
Levin a écrit une farce aux allures de commedia dell’arte. C’est du moins ce que semble souligner la mise en scène de Lorang et Miller. La part corporelle prend alors une importance considérable. Gestes, mouvements, déplacements s’amplifient en direction du caricatural. La voix elle-même s’appuie sur des aspects parodiques dans les outrances de tons. Il y a là quelque chose qui rappelle, les marionnettes du guignol, voire les clowns d’autrefois. Le centre du décor évoque d’ailleurs une piste de cirque.
Sans doute est-ce pour cela que l’ensemble atteint la couleur du désuet. Comme si les ingrédients nécessaires au rire d’aujourd’hui faisaient défaut à la recette. Le texte lui-même de Levin est celui de la farce. Mais il donne l’impression de confondre truculence et vulgarité. Non que le langage cru, ni que les actes provocants soient choquants. Seulement, les dialogues manquent manifestement de chair ; ils demeurent des répliques insuffisamment nourries par la verve.
Les comédiens ont beau apporter une énergie constante à leurs prestations, les effets n’atteignent pas toujours leur but. Pourtant, il y a du cynisme dans cette histoire, élément caractéristique de l’humour actuel. Il y a aussi une noirceur qui devrait toucher. Car se confronter à la mort, railler l’égoïsme forcené des êtres concentrés sur leur individualisme matérialiste sont des thèmes porteurs.

Un humour particulier
La pièce se nourrit aussi d’un aspect caustique. En effet, les anges de la mort, ceux qui sont chargés de la besogne quotidienne, ont l’apparence de fonctionnaires bornés, conditionnés, contraints à respecter des quotas de production. Ils obéissent à une hiérarchie totalement dépourvue d’attache avec ce qu’on imagine habituellement être la figure d’un dieu régisseur de l’univers. Ils constituent à l’évidence la part la plus critique de la pièce, celle qui s’attaque de manière indirecte aux croyances, à celles qui nourrissent plus que jamais les fondamentlismes proliférants.
Cette demi-réussite est probablement liée à l’auteur, à son humour juif très particulier qui semble n’avoir pas encore trouvé la personnalité susceptible de le révéler vraiment. Car si la mise en scène de son "Yaacobi et Leidental" par Alain Batis (http://www.ruedutheatre.eu/article/552/yaacobi-et-leidental/) avait des qualités, celle par Laurent Wanson (http://www.ruedutheatre.eu/article/268/yaacobi-et-leidental/) et celle de son "Yakich et Poupatchée" par Frédéric Bélier-Garcia (http://www.ruedutheatre.eu/article/1304/yakich-et-poupatchee/) n’ont guère convaincu.
Michel VOITURIER, Bruxelles











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