Le Songe d'une nuit d'été
Publié le 30 janvier 2012
Un vent de fraîcheur, de jeunesse et de générosité a soufflé sur le théâtre national, un vent chaud en même temps, dans une nuit magique orchestrée par une équipe de comédiens particulièrement dynamique

A mesure que le noir se fait dans la salle, une nuit très profonde descend sur le plateau car les nombreuses têtes qui émergent du fond du plateau, au-dessus d'un long mur, sont noires, elles aussi... Puis ils apparaîtront tous en petits groupes, silencieux, entrant doucement dans les rôles doubles prévus par la pièce : ils seront prince, duc, dignitaires...comme petits métiers du peuple et personnages féériques, endossant des costumes intemporels mélangeant moderne et tradition locale.

Ils sont quinze dont une chorégraphe et une musicienne avec ses instruments en direct, non pas élizabetains, mais exotiques : djembe, balafon... alors qu'un opéra de Purcell occupe la bande-son. Une brèche dans le mur et la forêt va littéralement envahir la scène. Les débats d'une petite cour et les bruits de la ville devenus lointains, place libre aux frémissements et présences furtives que la nuit va amener, tous sortilèges lâchés.

On le savait, Puck, ce Robin Good-fellow, n'est pas le gentil farfadet pour contes merveilleux, il aura bien davantage encore l'apparence d'un être maléfique, serpentant au service d'un très bel Obéron qui se joue d'une Titania à la redoutable sensualité. Les villageois et leur petit spectacle débordent de truculence sous leur apparente maladresse, la forêt elle-même est vivante par ses arbres qui se déplacent, et les fées sont ramenées à leur vraie dimension, celle d'enfants espiègles qui dansent, cabriolent, s'amusent.

Il est étonnant d'entendre à quel point la langue poétique et fleurie de Shakeapeare colle au tempérament africain. Les acteurs, non seulement se l'approprient avec un naturel confondant faisant se rejoindre et se mêler les continents et les époques, mais lui insufflent un sacré tonus, une fameuse dose de vigueur.

C'est bien le génie du plus grand dramaturge de tous les temps (dont ne finira jamais de découvrir les ressources et messages cachés), qu'après cette version du "Songe d'une nuit d'été" on ne pourra plus voir les personnages de Shakespeare en suivant uniquement les canons européens ! Voilà que nous sommes bluffés par une distribution insolite, soutenue par une direction d'acteurs, une mise en scène et une scénographie qui nous font comme un cadeau, une surprise. Une remarquable homogéneité au point qu'il faut remercier tous et chacun en particulier.

Un"Songe..." et un rêve africains

"Songe..." , aussi rêve de créateurs, un  projet qui trouve (enfin) un magnifique aboutissement concret, d'abord dans la grande salle et les moyens techniques du théâtre national à Bruxelles. Par la suite - et ce n'est pas le moins intéressant - une tournée verra le retour au bercail, le Burkina Faso, pour les "Récréales"que dirige le comédien-metteur en scène burkinabé Etienne Minoungou.

C'est déjà à son invitation, en 2009, qu'Isabelle Pousseur, qui le connait depuis 2002, s'était rendue sur place pour des ébauches de ce qui deviendra le spectacle que nous avons pu applaudir : stages, formations, auditions, répétitions, entrecoupés de divers aléas, arrêts et mauvaises surprises jusqu'à une phase plus intense de travail dans la structure professionnelle mise à disposition par le théâtre national dont l'obstinée Isabelle Pousseur est artiste associée. Nous sommes en 2012, enfin, pour notre grand bonheur.

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Toernee General - Belgique Du 13/01/2012 au 28/01/2012 à Du Ma au Sa : 20 h 15 - Me : 19 h 30 - Di : 15 h - Relâche le 21/01/2012 Théâtre National Boulevard Emile Jacqmain B-1000 Bruxelles, Bruxelles Téléphone : 022034155. Site du théâtre

Outre une large diffusion en Europe et en Afrique, le spectacle sera présenté aux "Récréales" de Ouagadougou/Burkina Faso, en novembre 2012

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Le Songe d'une nuit d'été

de William Shakespeare

Comédie Théâtre
Mise en scène : Isabelle Pousseur assistée de Julie-Kazuko Rahir
 
Avec : Aminata Abdoulaye, Vincent Bazie, Edoxie Gnoua, Serge Henry, Hypolitte Kanga, Safoura Kabore, Hyacinthe Kabre, Anatole Koama, Mahmadi Nana, Gérard Ouedraogo, Justin Ouindiga, Charles Wattara, Sidiki Yougbare Et les enfants : Alice Beauve, Barthélémy Bouteiller, Pernelle Ebouele Essebe, Martine Lodonou, Kellyan Matumbu, Benjamin Ndongo Mbambu

Traduction française : Stuart Seide - Spectacle en français surtitré en néerlandais.

Scénographie, costumes : Zouzou Leyen assistée de Toudeba Bobelle - Stagiaires : Carlotta Haebler, Camille Lahaux

Lumière: Benoit Gillet 

Musicienne : Salimata Diabate

Régie : Benoit Gillet, Graciano Bardio, Jeison Pardo Rojas, Joachim Hesse, Pierre Piron

Régisseur général à Ouagadougou : Issouf Yaguibou 

Chorégraphie : Irène Tassembedo

Ainsi que les Ateliers du Théâtre National pour le décor et les costumes - Masque Tête d'âne : Célia Kretchmar

Durée : 3 h (entracte compris) Photo : © Cici Olsson  

Production : Théâtre National de la Communauté Française de Belgique, Bruxelles

Avec le soutien de : Wallonie-Bruxelles International

Et la collaboration de : Ministère de la Culture, du Tourisme et de la Francophonie, Belgique, Europe/Fédération du Cartel du Burkina Faso, Afrique de l'Ouest

Outre une large diffusion en Europe et en Afrique, le spectacle sera présenté aux "Récréales" de Ouagadougou/Burkina Faso, en novembre 2012. Les "Récréales", nées en 2002, c'est un Festival de Théâtre qui regroupe des compagnies de plusieurs pays africains francophones. Il est devenu non, seulement un événement incontournable mais un outil de relance indispensable pour la création et la diffusion dans d'autres pays africains. A ce jour : 600 artistes, 40 créations, 30 ateliers de formation, 6 plateformes de rencontres en 6 éditions sur 10 ans, sans compter la complicité avec la habitants de Ouagadougou, soit une mission remplie avec succès.