C'était il y a près de deux ans, et déjà au théâtre de la Bastille à Paris. Les cinq comédien(ne)s du collectif 'L'Avantage du doute' -Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand- créaient une belle surprise avec « Tout ce qui nous reste de la révolution, c'est Simon ». Un spectacle intelligent, drôle, piochant sa nourriture dans un moment de notre histoire contemporaine, à savoir « Mai 68 » et ses ricochets (« Jouissez sans entraves », « Il est interdit d'interdire », « Soyez réalistes, demandez l'impossible », etc.) pour en tirer un constat sans appel révélé par le titre de leur spectacle (voir quelques lignes plus haut, donc).
Avec cette « Légende de Bornéo », la même équipe (avec Nadir Legrand aussi comme acteur, ce qu'il n'était pas dans la précédente production) présente leurs nouvelles chroniques sociétales, résultat des questions centrifuges et/ou centripètes sur le monde du travail qu'ils ont posées pendant leur enquête préliminaire. Et c'est un nouveau coup gagnant enrichi par le titre qui nous apprend qu'à Bornéo, cette légende dit « que les orangs-outans savent parler mais qu'ils se taisent pour ne pas avoir à travailler ».
Après un accueil des plus sympathiques par Simon Bakhouche, qui offre pour 1€ des gaufres aux spectateurs qui s'installent dans la salle, sur scène un couple entame une sorte de « bilan » de la semaine écoulée, leur travail, le lave-vaisselle qui a un problème, les griefs du quotidien, les désirs de sexe, les ratages de Monsieur... Entre boulot et vie intime, le délire va continuer. Ici par une séquence hallucinante sur l'accueil à Pôle Emploi, là par un dialogue délirant entre deux soeurs qui finit en pugilat car elles sont, côté boulot, à des années lumières l'une de l'autre. Deux autres saynètes pointent aussi les confrontations entre vie intime et posture sociale. Il y a de la rage derrière le rire. Du besoin de résister.
Une réelle puissance se dégage dans la proposition théâtrale du Collectif. Ce regard décalé et plein d'humour sur le monde du travail dans et sur lequel on ne cesse de parler n'y est pas pour rien. Contrairement aux orangs-outans. Mais on sait pourquoi : eux, ils résistent en se taisant.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris











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