Critique - Villeneuve d'Ascq (Lille)
Britannicus
Perversités de la passion et du pouvoir
Par Michel VOITURIER
Deux versions de cette tragédie tournent en ce moment ; l’une en Belgique mise en scène par Georges Lini et l’autre en France par Françoise Delrue. Elles sont aussi différentes que possible. Et c’est tant mieux. Elles ont leurs qualités et leurs faiblesses.
Chez Lini, l’audace réside d’abord dans la scénographie : une énorme piste de skate board que les comédiens arpentent en déséquilibre, pourvue de deux paliers d’observation aux sommets. Cela accentue l’impression d’un monde en train de basculer. Cela induit un jeu très physique où les acteurs se dépensent, s’essoufflent, se dynamisent. Mais cela limite considérablement le type de déplacements qui finissent par n’être que répétitifs ( http://www.ruedutheatre.eu/article/1108/britannicus/ ).
Chez Françoise Delrue, le parti pris serait plutôt inverse. Elle fait prendre le temps du texte à ses jeunes interprètes. Elle parie sur une certaine lenteur que meublent les alexandrins de l’auteur. D’où une sorte de pesanteur, une lenteur qui ne stimule pas les comédiens. Ils s’attardent sur les mots, ne leur insufflant néanmoins pas une vie qu’on suppose bouillante des tensions sensées les habiter.
Ce n’est qu’à la fin que rage, fureur, désespoir surgissent à travers les voix et les gestes. Alors les phrases dépassent la simple scansion des vers pour être porteurs d’émotion. Alors le dénouement meurtrier de cette tragédie prend sens. La logique du verbe trouve son aboutissement dans l’assassinat.
Voix et corps, symbles et décor
Pourtant, la volonté de la metteuse en scène désirait que les corps incarnent le discours. Cela ne transparaît pas toujours. Sauf dans le personnage d’Albine, la confidente d’Agrippine. Celle-ci devient une sorte de félin domestique accompagnant sa maîtresse, se faufilant partout, omniprésente, acrobate, sorte de témoin et conseiller. Mais, précisément, elle a peu de répliques.
Le décor se veut symbolique. Côté jardin, il est composé de tapis afin de dire l’intime, le lieu des rencontres à l’intérieur du palais impérial. Au centre, un vieux fauteuil, enfoncé dans le sol, semble signifier un pouvoir en train de s'enliser. Côté cour, des gradins vides ; ceux des jeux sanglants du cirque ou de la corrida, des assemblées politiques pour discours de tribuns, de la montée vers le pouvoir.
Michel VOITURIER, Lille











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