Publié le 26 janvier 2012
Les personnages de Racine se déchirent sur fond d’amours contrariées, d’ambitions politiques. Leur référence historique est un prétexte pour montrer les pulsions éternelles d’êtres en proie aux passions, souvent rétifs à la raison.

Deux versions de cette tragédie tournent en ce moment ; l’une en Belgique mise en scène par Georges Lini et l’autre en France par Françoise Delrue. Elles sont aussi différentes que possible. Et c’est tant mieux. Elles ont leurs qualités et leurs faiblesses.

Chez Lini, l’audace réside d’abord dans la scénographie : une énorme piste de skate board que les comédiens arpentent en déséquilibre, pourvue de deux paliers d’observation aux sommets. Cela accentue l’impression d’un monde en train de basculer. Cela induit un jeu très physique où les acteurs se dépensent, s’essoufflent, se dynamisent. Mais cela limite considérablement le type de déplacements qui finissent par n’être que répétitifs ( http://www.ruedutheatre.eu/article/1108/britannicus/ ).

Chez Françoise Delrue, le parti pris serait plutôt inverse. Elle fait prendre le temps du texte à ses jeunes interprètes. Elle parie sur une certaine lenteur que meublent les alexandrins de l’auteur. D’où une sorte de pesanteur, une lenteur qui ne stimule pas les comédiens. Ils s’attardent sur les mots, ne leur insufflant néanmoins pas une vie qu’on suppose bouillante des tensions sensées les habiter.

Ce n’est qu’à la fin que rage, fureur, désespoir surgissent à travers les voix et les gestes. Alors les phrases dépassent la simple scansion des vers pour être porteurs d’émotion. Alors le dénouement meurtrier de cette tragédie prend sens. La logique du verbe trouve son aboutissement dans l’assassinat.

Voix et corps, symbles et décor

Pourtant, la volonté de la metteuse en scène désirait que les corps incarnent le discours. Cela ne transparaît pas toujours. Sauf dans le personnage d’Albine, la confidente d’Agrippine. Celle-ci devient une sorte de félin domestique accompagnant sa maîtresse, se faufilant partout, omniprésente, acrobate, sorte de témoin et conseiller. Mais, précisément, elle a peu de répliques.

Le décor se veut symbolique. Côté jardin, il est composé de tapis afin de dire l’intime, le lieu des rencontres à l’intérieur du palais impérial. Au centre, un vieux fauteuil, enfoncé dans le sol, semble signifier un pouvoir en train de s'enliser. Côté cour, des gradins vides ; ceux des jeux sanglants du cirque ou de la corrida, des assemblées politiques pour discours de tribuns, de la montée vers le pouvoir. 

Michel VOITURIER, Lille

Britannicus
Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 17/01/2012 au 21/01/2012 à 20h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver   Douai Du 24/01/2012 au 25/01/2012 à 20h L'Hippodrome Place du Berlet 59500 Douai Téléphone : 03 27 99 66 66. Site du théâtre Réserver   Armentières Le 17/02/2012 à 20h30 Théâtre le Vivat Place de Saint-Vaast, 59280 Armentières Téléphone : 03 20 77 18 77. Site du théâtre Réserver   Arras Du 21/02/2012 au 23/02/2012 à 20h Théâtre d'Arras 7 place du théâtre 62000 Arras Téléphone : 03 21 71 76 30. Site du théâtre Réserver  

Britannicus

de Jean Racine

Tragédie
Mise en scène : Françoise Delrue
 
Avec : Murielle Colvez, Joseph Drouet, Marie Lecomte, Damien Olivier, Séverine Ragaigne, Baptiste Sornin, Renaud Triffault

Assistanat à la mise en scène : Marie Boitel

Décor : José Froment

Lumières : Alexis Duflos

Costumes : Dominique Louis

Univers sonore : Laurent Doizelet

Communication : Emeline Godon

Durée : 1h55 Photo : © Eric Legrand  

Production : Théâtre de la Bardane

Coproduction : La rose des vents / Le Théâtre d’Arras

Soutien : le  Vivat (Armentières),  Compagnie de l’Oiseau Mouche ( Roubaix)

Lire: texte en ligne de la pièce http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre394.html