Critique - Théâtre - Lille
Les Amis du président
Joutes impitoyables à mots découverts
Par Michel VOITURIER
L’histoire tient en soi sa structure, sa force, ses limites. Il s’agira d’un affrontement verbal entre deux individus. Le but est une plongée dans les supposés dessous de la vie de mandataires publics en vue de révéler le dessous des cartes. Ce qui est, forcément porteur, en ces temps de campagnes électorales.
En conséquence, il s’est avéré utile de caricaturer pour garder le registre de la comédie, de ne pas trop s’éloigner des stéréotypes que la presse a beaucoup véhiculés ces derniers mois jusqu’à induire la généralisation facile que tout pouvoir corrompt immanquablement. Même si cela rejoint malgré tout une part de réalité mise au jour par une série de livres et de documentaires télévisés qui ont beaucoup visité les coulisses du pouvoir depuis quelque temps.
Suite à une soirée semi-mondaine bien arrosée - ce qu'atteste un décor de fin de banquet tristounettement jonché de verres vides et de cadavres de bouteilles de champagne - , les deux copains, le ministre et le député, se retrouvent face à face. C’est l’occasion de faire resurgir le passé : les frasques, les événements dramatiques vécus ensemble, l’ascension politique, l’utilisation du pouvoir afin de s’octroyer quelques avantages.

Le verbe comme moteur de l’action
L’intérêt principal de la démarche de Gautré réside dans le discours. Dans la manière de piéger l’adversaire en l’amenant là où il est nécessaire pour qu’il soit acculé à abandonner la partie en vaincu provisoire. Le dialogue invite à cheminer à travers le passé des deux personnages. Il couvre plusieurs champs de parole.
Il y a les plaisanteries plus ou moins lourdes visant collègues, confrères et collaborateurs. Il y a les appréciations plus ou moins sexistes à propos des conquêtes féminines. Il y a les considérations cyniques au sujet de l’exercice du pouvoir et des avantages que cela permet de s’octroyer en totale impunité.
On a droit à quelques moments plus sensibles qui touchent à l’intime des sentiments. Et, surtout, à la mise en place progressive des éléments qui mènent au piège, à l’utilisation des faiblesses de l’adversaire de façon à le mettre au tapis, à ne lui laisser aucune chance de s’en sortir. Voilà qui crée une sorte de suspense et retient l’attention sur une œuvre somme toute fort verbeuse et dont un au moins des éléments du dénouement est prévisible parce qu’induit à cause de quelques phrases un peu trop appuyées.
Ce mélange de critique politique et de répliques parfois très proches du boulevard rend le spectacle plaisant. Thierry Gimenez et Stephan Wojtowicz y mettent l’énergie qui rend crédibles un duo d’êtres fatigués, éméchés, stressés et, tout compte fait, manipulés. Les quelques longueurs inévitables vu la durée de la pièce finissent ainsi par s’estomper. Nous restons cependant loin d’une véritable observation de ce que sont devenues nos démocraties.
Michel VOITURIER, Lille











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