Électre
Publié le 19 janvier 2012
Moins connue et actualisée par moins d’auteurs (Giraudoux, Sartre) qu’Antigone, Électre est le lieu même des déchirements familiaux. Mouawad s’en empare pour y jouer avec les tensions.

Électre veut venger l’assassinat de son père Agamemnon par sa mère Clytemnestre et son oncle amant Egisthe. Mal aimée, écartelée, elle attend l’aide d’Oreste, son frère disparu. Le croyant mort elle va agir seule. Lorsqu’il réapparaît, la tragédie se noue. C’est une Électre au bord de la folie qui, avec lui, se soulage dans le sang.

Comme dans la mise en scène d’Antigone, la terre est présente. Cette fois, cependant, c’est l’eau qui domine. Celle qui mouille, qui purifie mais aussi noie ou transforme la glèbe en gadoue. Mouawad la rend omniprésente. Elle tombe du portique métallique qui encadre la scène ; elle ruisselle sur les corps et le sol ; elle crée la boue de l’enlisement, de la misère. Elle est en tonneau pour servir de bain lustral à ceux qui sont souillés, autant que pour rappeler l’allégresse des jeux d’enfants.

 

 

La famille écorchée

La parole et les rites

Le chœur est ici discret. Il perd donc la présence dynamique qu’il avait dans Antigone. Le jeu théâtral se circonscrit dès lors à des échanges textuels entre protagonistes, des narrations nourries de phrases, des réflexions exacerbées et s’accommode d’une linéarité plutôt statique. Si la distribution est plus homogène, elle reste très inégale. L’une ou l’autre comédienne étant même quasi inaudible. Mais la diction passe en  général mieux la rampe que dans le volet précédent de la trilogie mouawadienne.

Restent des présences très disparates. La différence entre un bon interprète et un acteur habité par ce qu’il dit se perçoit très vite. Il suffit de voir surgir, à la fin, Patrick Le Mauff pour se rendre compte à quel point, en quelques répliques, il impose son personnage dans une sobriété efficace. Il  suffit d’entendre la brève prestation chantée de Bertrand Cantat pour sentir combien il apporte d'énergie.

Le moteur du tragique, ici, est une rage intérieure qui éclate à l’extérieur. Comme dans Antigone, deux sœurs s’avèrent opposées. Là, Ismène est timorée et ne suit pas sa cadette voulant enterrer son frère en révolte contre la loi ; ici, Chrysotémis ne voit pas la possibilité de sortir de l’impasse familiale alors qu’Électre est entrée dans sa furie meurtrière.

Les affrontements sont violents. Plus dans le verbe que la gestuelle, le metteur en scène ayant misé sur un hiératisme esthétique davantage que dramatique. Sauf pour le personnage titre qui demeure dans son exacerbation justicière, dans l’outrance de sa relation aux limites de l’inceste avec Oreste, dans la sauvagerie d’un conflit dont elle invente les rituels. L‘impression de force qui s’en dégage compense un peu celle d’une expérience inaboutie.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Mons - Belgique Du 11/01/2012 au 15/01/2012 à 20h sa dim 16h (Les Trachiniennes + Antigone + Electre) Le Manège 1 rue des Passages Téléphone : 32 (0) 65 39 59 39 . Site du théâtre Réserver   Namur - Belgique Du 18/01/2012 au 22/01/2012 à 20h40 Théâtre de Namur 2, rue du Théâtre Téléphone : 081 226 026 ou 070 22 88 88. Site du théâtre Réserver  

Électre

de Sophocle

Théâtre
Mise en scène : Majdi Mouawad
 
Avec : Martien Bélanger (le chœur –guitare), Bertrand Cantat (le chœur, chant), Olivier Constant (Pilade), Samuel Côté (Oreste), Sylvie Drapeau (Clytemnestre), Charlotte Farcet (Chrysotémis), Pascal Himbert (composition – basse), Patrick Le Mauff (Égisthe) , Sara Llorca (Électre), Marie-Eve Perron (Coryphée), Igor Quezada (chœur, chant)

Assistanat à la mise en scène : Alain Roy Alain Roy
Conseil artistique : François Ismert
Scénographie : Emmanuel Clolus Emmanuel Clolus
Costumes : Isabelle Larivièrere, Cécile Recoquillon
Lumière : Éric Champoux, Éric Le Brec’h
Musique originale :  Bertrand Cantat,  Bernard Falaise, Pascal Humbert,  Alexander MacSween  
Réalisation sonore : Michel Maurer, Olivier Renet
Maquillages, coiffures : Angelo  Barsetti 
Illustrations : Sophie Jodoin
Direction de production et de tournée : Maryse  Beauchechesne
Direction technique, régie lumière : Éric Le Brec’h
Régie son : Olivier  Renet
Régie retour : Eddy Josse
Régie plateau : Éric Morel
Habilleuse : Emmanuelle Thomas

 

 

 

 

Photo : © Jean-Louis Fernandez  

Production : Au Carré de l’Hypoténuse (France), Abé Carré Cé Carré (Québec)
Coproduction : Le manège.mons, Théâtre français du Centre National des Arts (Ottawa),
Théâtre des Amandiers (Nanterre) , Célestins-Théâtre (Lyon), Théâtres départementaux de la
Réunion, Mons 2015 Capitale européenne de la Culture, Théâtre Royal (Namur), Le Grand
T (Nantes), Comédie de Genève, Maison de la Culture (Bourges), Festival d’Avignon, Festival
d’Athènes (Épidaure)
Dans le cadre Dans le cadre du réseau Kadmos /
Soutien : Espace Malraux (Chambér, la Savoie, Théâtre 71 (Malakoff), Théâtre du Nouveau Monde
(Montréal), Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du
Québec, Conseil des arts et des lettres du Québec, du Ministère des Relations
internationales du Québec, du Fonds franco-québécois de coopération décentralisée et du
Service de Coopération et d’Action culturelle du Consulat général de France (Québec)
Participation : Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées et de la Délégation
générale du Québec (Paris) /

Traduction: Robert Davreu, Arles, Actes Sud Papiers, 2011