Électre veut venger l’assassinat de son père Agamemnon par sa mère Clytemnestre et son oncle amant Egisthe. Mal aimée, écartelée, elle attend l’aide d’Oreste, son frère disparu. Le croyant mort elle va agir seule. Lorsqu’il réapparaît, la tragédie se noue. C’est une Électre au bord de la folie qui, avec lui, se soulage dans le sang.
Comme dans la mise en scène d’Antigone, la terre est présente. Cette fois, cependant, c’est l’eau qui domine. Celle qui mouille, qui purifie mais aussi noie ou transforme la glèbe en gadoue. Mouawad la rend omniprésente. Elle tombe du portique métallique qui encadre la scène ; elle ruisselle sur les corps et le sol ; elle crée la boue de l’enlisement, de la misère. Elle est en tonneau pour servir de bain lustral à ceux qui sont souillés, autant que pour rappeler l’allégresse des jeux d’enfants.
La parole et les rites
Le chœur est ici discret. Il perd donc la présence dynamique qu’il avait dans Antigone. Le jeu théâtral se circonscrit dès lors à des échanges textuels entre protagonistes, des narrations nourries de phrases, des réflexions exacerbées et s’accommode d’une linéarité plutôt statique. Si la distribution est plus homogène, elle reste très inégale. L’une ou l’autre comédienne étant même quasi inaudible. Mais la diction passe en général mieux la rampe que dans le volet précédent de la trilogie mouawadienne.
Restent des présences très disparates. La différence entre un bon interprète et un acteur habité par ce qu’il dit se perçoit très vite. Il suffit de voir surgir, à la fin, Patrick Le Mauff pour se rendre compte à quel point, en quelques répliques, il impose son personnage dans une sobriété efficace. Il suffit d’entendre la brève prestation chantée de Bertrand Cantat pour sentir combien il apporte d'énergie.
Le moteur du tragique, ici, est une rage intérieure qui éclate à l’extérieur. Comme dans Antigone, deux sœurs s’avèrent opposées. Là, Ismène est timorée et ne suit pas sa cadette voulant enterrer son frère en révolte contre la loi ; ici, Chrysotémis ne voit pas la possibilité de sortir de l’impasse familiale alors qu’Électre est entrée dans sa furie meurtrière.
Les affrontements sont violents. Plus dans le verbe que la gestuelle, le metteur en scène ayant misé sur un hiératisme esthétique davantage que dramatique. Sauf pour le personnage titre qui demeure dans son exacerbation justicière, dans l’outrance de sa relation aux limites de l’inceste avec Oreste, dans la sauvagerie d’un conflit dont elle invente les rituels. L‘impression de force qui s’en dégage compense un peu celle d’une expérience inaboutie.
Michel VOITURIER, Bruxelles











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