Comment, au théâtre, faire voir et entendre les cris de la difficulté d'être dans le monde, les désirs que d'aucuns diront sordides ou choquants, les traumatismes sévères, les « dérivent » sexuelles et/ou intellectuelles... ? Comment éviter le voyeurisme ? Comment ne pas tomber dans la chronique du fait divers de caniveau ?
Elle passe par Paris cette « Salle d'attente », spectacle librement inspiré du texte « Catégorie 3.1 » du suédois Lars Norén. La mise en scène de Krystian Lupa flirte souvent avec le précipice, la descente aux enfers, mais il réussit brillamment à tenir à distance le voyeurisme. Sauf peut-être pour ceux ou celles qui, dans la salle, auraient des a priori, des jugements non fondés.
Ce que donne à voir et entendre le metteur en scène – qui est aussi l'auteur de la scénographie, de la lumière et de l'adaptation du texte -, c'est un monde d'individus dont le comportement reste en dehors des clous de la « normalité ». Des marginaux qui n'ont pas grand chose à dire au reste du monde et parfois même entre eux, allant jusqu'à une certaine bestialité. Du coup, ce qui paraît parfois verbe délirant est une sorte de tentative de parler de soi mais qui tombe à côté de la plaque, qui est vite inaudible.
Dans « Catégorie 3.1 », les paumés que l'on voit dans ce sous-sol/bunker/garage flirtent avec la trentaine. Pas de personnes âgées, la sénilité n'est pas le problème, ici. Ces jeunes s'éloignent ou sont déjà éloignés du monde du progrès, n'entendent pas les discours vainqueurs de nos modernités. Du coup, dans cet espace hors du temps et à distance du monde actif, le vivre ensemble a d'autres codes ignorant frontière ou tabou.
Les scènes de sexe, de prise de drogue, d'affrontement, de jeu avec caméra (avec parfois projection vidéo en direct au dessus du plateau), de croisement entre transgression, délire ou violence aussi, ponctuent la pièce. Comme autant de tableaux qui, parfois, semblent retrouver l'esprit d'un Caravage cherchant dans le peuple du « bas » de nouvelles inspirations, d'autres provocations.
Le final où, lentement et en grand silence, les « regardeurs » (le public) deviennent les « regardés » (par les comédiens assis en bord de scène), agit comme un révélateur puissant sur la relativité du statut des individus dans nos sociétés. Sur la fragilité de l'être en salle d'attente.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris











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