En 2000 paraissait en France chez Stock, "Blonde", le roman de l'américaine Joyce Carol Oates. Un gros bouquin de près de 1000 pages, à l'écriture serrée, haletante, parcourant et inventant au plus près la vie de celle qui fut la star mondiale nommée Marilyn Monroe, alias Norma Jeane Mortensen (sur le certificat de naissance) ou Baker (nom de sa mère, sur le registre de baptême).
La petite fille, née en 1926 peu avant la grande dépression, aura glissé après de multiples difficultés - pensionnat, manque d'affection/demande d'amour, mère dézinguée par ses troubles mentaux, adoption, relations amoureuses fragiles, compagnonnages éclectiques... - sur les chemins d'une gloire fragile dans le monde sans pitié de l'industrie du cinéma. Marilyn Monroe trouvera la mort en août 1962. Une fin troublante selon les commentateurs.
L'histoire de Norma Jeane/Marilyn a été écrite et romancée par d'autres auteurs. Elle a aussi été chantée (Gainsbourg, notamment), peinte (Wahrol ...), théâtralisée. C'est peu dire. Au Théâtre des Quartiers d'Ivry près de Paris, John Arnold la met en scène en s'inspirant du livre "Blonde", justement. Avec culot. Car pas facile de mettre en piste une telle icône. Marilyn brûlait les cœurs tout en courant, désespérée, après le bonheur. Une courte vie mais bien chargée.
Un spectacle à sketches
John Arnold pioche goulument dans ce « rêve » qu'à incarné l'Américaine née du côté de Hollywood. Il utilise très peu de décor. Juste des indices. Préfère mettre le paquet sur les personnages. Si l'on compte bien, les 13 comédien(ne)s endossent près de 40 rôles ! De Jane Russel au Président en passant par Lawford, Cass Chaplin, sans parler du dramaturge et autres Journalistes ou Danil Zarruck... Ce parti pris brouille un peu trop les pistes pour comprendre au plus près l'aventure dans laquelle se faufile Norma Jean (sans 'e' ici contrairement au livre « Blonde »). D'où cette impression de suivre, au fil de la représentation, un spectacle à sketches.
Le roman permet mieux le détail, les appartés, que le théâtre. Or John Arnold n'a pas filtré ses choix sur la Norma Jean/Marilyn qu'il voulait ou pouvait mettre en avant. Tout commence donc avec la très jeune enfant et son environnement déjà traumatisant, puis on la voit grandir dans les différents univers qu'elle occupe, bon gré-mal gré, sans qu'aucun ne semble avoir plus de poids que les autres. Heureusement, la blonde Marion Malenfant est une Norma Jean/Marilyn étonnante. Son registre de jeu est superbe, convaincant. Sa sensibilité est à la hauteur de sa séduction. Elle illumine le spectacle de bout en bout.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris










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