Le mythe est fertile. Rien qu’en théâtre, il va du Burlador de Tirso de Molina à celui de Suzanne Lilar, de Schiller à Max Frisch ou à Charles Bertin sans oublier le Don Giovanni de Mozart. La pièce est riche. On en a fait de multiples avatars, de Jouvet ou Vilar à Chéreau ou Lassalle ou Mesguich. Pas flagrant dès lors d’en donner une lecture nouvelle.
Comme dans le début du téléfilm de Bluwal avec Piccoli, l’action se déroule dans des écuries. Ce qui donne un décor compartimenté en stalles ; ce qui, grâce à des grilles, crée une atmosphère de confessionnal. Ceci induit des éclairages plutôt de pénombre que de grand soleil, propices aux manigances. Mais ne convainc pas pour tous les lieux de l’action dramatique, d’autant que le passage d’un acte au suivant se fait selon une continuité fluide si bien qu’il n'est pas toujours facile de comprendre instantanément où les acteurs se trouvent, à quel moment de l’histoire ils se situent.
Ce flou est à l’image du reste. Julie Brochen tente de montrer la violence latente dans l’œuvre de Molière. Il y a bien quelques affrontements physiques, des armes blanches dégainées. Mais l’ensemble de l’interprétation reste en surface et s'étiole dans la lenteur.

Manque de rigueur et de vigueur
Les comédiens ne semblent ni habiter leur texte, ni être habités par lui. D’où une sorte de mollesse dans le jeu qui ne parvient pas à séduire. D’où une carence de présence des interprètes comme si personne n’était parvenu à choisir ou à endosser une option claire de son personnage. Jusqu’à affadir l’intéressant pari de la désignation d’un acteur noir pour jouer l’écrasant rôle de Dom Juan.
Ce côté quelque peu hybride des partis pris s’accentue encore par le contraste entre le réalisme de l’environnement et la stylisation des chevaux, entre le fantastique supposé de la statue du commandeur et sa représentation en une figure davantage apte à égayer le carnaval de Venise qu’à amener à se poser des questions métaphysiques.
Comme les chants interprétés en chœur par la troupe, quelques effets spéciaux viennent pimenter le déroulement de l’intrigue : la chevauchée du commandeur décapité, un encensoir géant qui se balance dans l’espace, les bougies allumées par enchantement… Rien qui soit essentiel au sens de l’œuvre.
Michel VOITURIER, Lille










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