Jungle sur la scène... Un empire de cordes. Elles tombent des cintres sur le plateau. Pas question, ici, de pendre quiconque -les superstitions du monde du théâtre sont en voie de disparition. Mais plutôt tordre le coup à des croyances immémoriales. Avec Peyret, le metteur en scène et auteur, et son complice Prochiantz, le neurobiologiste et professeur au Collège de France, on doit s'attendre à tout. Le titre de leur nouvelle aventure théâtrale, où l'humour joue toujours avec la surprise, s'inscrit dans le sillon de leur recherche sur la vie, sur leur « naître ou ne pas naître ». Quand 'existence' ne rime pas forcément avec 'naissance'... et réciproquement.
Entre deux fauteuils -à jardin et à cour- qui se regardent en diagonale aux extrêmes de la scène de la petite salle de La Colline, cette jungle de cordes renvoie au ventre de la baleine. Là, des « Jonas » viennent déambuler, se croiser, tous à la recherche d'un temps des origines. Du pourquoi et du comment.
Les comédiens -Jacques Bonnaffé, Yvo Mentens, Pascal Ternisien et Anne-Laure Tondu- entrent rapidement dans le mouvement et dans la parole. Des paroles qui, au début, se superposent, brouille le discours. Puis reprennent et racontent des histoires souvent drôles, incroyables et pourtant pleines de bon sens, d'évidences sur la venue au monde et ses « petites » conséquences. Tout cela sans effets spéciaux, sans technologies de pointe.

Les commerces des naissances
Où l'on comprend vite qu'il s'agit de questions essentielles et a priori banales pour l'être humain : les enfants, comment ça nait, comment ça vient, de qui sont-ils ... ? Puis les auteurs poussent le bouchon plus loin... Un clone, c'est quoi, un autre soi même génétique ? Et nous voilà, nous spectateurs, embarqués dans des aventures percutantes où il est question de gestation pour autrui, de naissance par don anonyme de gamètes (question sur les origines...), d'enfants adoptables, des usages du sperme congelé, des embryons implantables, sans oublier les mères porteuses... Et ce n'est pas tout, car le commerce des « naissances » par des tiers fleurit de plus en plus. Une activité transfrontalière, transcontinentale. On n'arrête plus l'Internet !
Ce spectacle est passionnant, intelligent, surprenant. C'est à se demander si l'on est vraiment l'enfant de nos parents ? Ou le frère de la voisine d'à côté ? Ce théâtre de Peyret-Prochiantz, d'où l'on entend furtivement « J'ai passé trois ans dans un congélateur » et autres répliques de même acabit (« mon jumeau a 7 ans de plus que moi » !), met les pieds dans le plat de notre modernité. On n'a pas fini d'en entendre parler.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris











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