Non, Philippe Avron n’est pas totalement mort. Il se réincarne en partie dans Jean-Marie Pétiniot. Celui-ci est tout aussi humain et décapant, un peu moins fragile en apparence. Ce qui donne un drôle de spectacle drôle, vecteur d’émotions profondes et variant selon l’atmosphère des représentations.
Le public est rassemblé autour de lui. Nous ne sommes plus dans une salle mais à une veillée. Il n’y manque que les bûches flambant dans un âtre à l’ancienne. Tout est si proche, le conteur, ses musiciens sous l’éclairage volontairement crépusculaire et ponctuel d’Olivier Arnoldy.
Les mots déferlent. Parfois, poussés au paroxysme dans la bouche de l’acteur, ils s’entrechoquent, s’indignent, mettent leur sens dans leurs sons, se confondant avec les mélodies. Souvent, ils sont distillés, riches alors du poids de ce qu’a vécu celui qui les dit ou qui les écrivit.
Il s’y brasse une folle de mai, un John Lennon pacifiste contre la guerre au Vietnam, une randonnée au bord de l’aliénation mentale, un parrain colombophile, une excursion à Thorembais-les-Béguines, des clins d’yeux à une série de personnalités, des souvenirs, des rêves, des réflexions sur le monde tel qu’il ne va pas… La gravité se mêle au rire. Le divertissement s’orne de philosophie.

Une énergie positive
Pétiniot ne se ménage pas. Il est lui et un tas de personnages. Il est tendre et virulent. Il éclabousse de vitalité ; il émeut de perception juste des choses et des êtres. Sa proximité avive l’échange avec les auditeurs. Il incarne totalement celui dont il parle, qui rêvait d’être porteur de parole : conteur, diseur de fable, vitupérateur, humoriste, poète, orateur…
L’entourant, habités d’une connivence entre eux et avec lui, des musiciens qui vont au-delà de l’illustration sonore ou des respirations entre deux textes denses. Ils offrent des musiques métissées, nourries d’ailleurs, de jazz, de folklore mais sans ostentation, simplement intégrées de façon naturelle. Elles transmettent la douceur comme la violence, la sérénité comme la tension, l’harmonie comme le désordre. En fait, ils composent un seul-en-scène à cinq !
Michel VOITURIER, Bruxelles











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