Sur le plateau, ça bouge. Des silhouettes vont, viennent. Elles vérifient des caméras dont certaines posées sur rails. Elles mettent en place l’un ou l’autre accessoire. Les danseurs assouplissent leurs mains. Il y a une sorte d’effervescence sereine, sans précipitation.
Commence le spectacle. Il sera multiforme, pluridisciplinaire, polysémique et lumineux, évident, magique. Il met en relations simultanées et en cohabitation harmonieuse : la présence physique des danseurs et leur image virtuelle projetée, la réalisation de décors miniatures et leur représentation réaliste amplifiée, le travail ostensible de techniciens et le résultat d’une illusion presque plus vraie que nature, des ambiances musicales contrastées et un texte narratif pour voix off partiellement lu en direct.
Autrement dit, le spectateur se voit confronté à d’abondantes perceptions entremêlées. Il est dans la réalité foisonnante d’un fonctionnement de tournage cinématographique. Caméramans, éclairagistes, régisseurs, assistants s’affairent en des gestes ordinairement invisibles pour le public. Celui-ci étant dès lors convié au cœur des coulisses.

Pénétrer dans le processus créatif
La salle regarde des interprètes en vue de les suivre dans un ballet où ils exprimeront corporellement des actions et des émotions. On lui offre des mains au comportement de ballerines. Son imagination sollicitée métamorphose aussitôt ces phalanges, ces ongles, ces paumes en personnages de chair, d’autant plus fascinants que surgissent alors des personnifications propres à chacun.
On les suit à travers des lieux qu’on perçoit, disséminés çà et là à travers l’espace, maisons de poupées, plage de sable fin, terrain vague, gare et wagons de train électrique, patinoire pour compétition internationale ou aquarium pour ballet nautique, lit des ébats amoureux, cirque miniature avec son trapèze… Alors, les yeux s’aperçoivent que des éléments bricolés, esquissés, artificiels, une fois passés par le filtre des objectifs semblent plus vrais que nature. Le cinéma et le spectacle vivant sont illusions.
C’est une évidence. Mais de la vivre dans l’immédiateté provoque une sorte d’enchantement, de quasi retour à l’enfance. Sauf que dans ce cas-ci le plaisir s’amplifie car on est en même temps dans cette euphorie mentale et sensuelle que suscitent l’imaginaire et dans le délice intellectuel du décodage des signes liés au labeur créatif.
L’association film, danse, parole, musique forme un ensemble indissociable qui accroît la délectation au lieu de l’étouffer. Le regard se nourrit d’images, de mouvements, sollicité à la fois par l’élaboration d’effets spéciaux (bruitages, brume, neige, jeux de miroirs...) et leur résultat. L’oreille est sensible aux bruits, aux extraits musicaux empruntés à des époques diverses, aux mots concoctés par Thomas Gunzig. L’esprit réfléchit à ce qu’est le déroulement d’une existence, le rôle qu’y joue le souvenir.
Michel VOITURIER, Bruxelles












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