Cendrillon
Publié le 13 octobre 2011
À partir du décès de sa mère, la Cendrillon de Pommerat va adapter sa conduite pour tenir une promesse incertaine. Et traverser le conte en mettant à mal tous les stéréotypes du genre.

Avec sa sensibilité très personnelle, Joël Pommerat a écrit et mis en scène une transformation du célèbre conte pour nous en offrir une interprétation étonnante. Si l’essentiel de la structure narrative s’y trouve, le comportement des personnages prend d’autres dimensions. D’où une vision très actuelle.

Certes la marâtre reste une infâme mégère et ses deux filles des pestes égocentriques. Mais leur bêtise est insondable et leur soif de paraître plutôt tendance, au point d’envisager la chirurgie esthétique. Cendrillon (Sandra, surnommée Cendrier par ses demi-sœurs) est une gamine volontaire au point de sembler rebelle ; elle demeure inébranlable dans le serment tacite qu’elle fit à sa mère sur son lit de mort.

Le père se révèle mollasson, flexible, malléable, bref inexistant. La fée a tout d’une SDF et le prince n’a de charmant que le nom, enfermé qu’il est, lui aussi, dans une relation posthume obsessionnelle avec sa défunte maman. Pour le reste, chacun découvrira ce que les éléments originels de l’histoire sont devenus : corvées ménagères de Cendrillon, chaussure perdue lors du bal, happy end…

Les distorsions apportées par Pommerat prennent sens à travers le jeu subtil des comédiens, l’utilisation magistrale de l’espace scénique, l’usage non ostentatoire de moyens vidéo pour rendre mouvants les décors et fantomatiques les reflets des personnages. Les éclairages d’Eric Soyer savent susciter les ambiances glauques de certains épisodes, cernent les protagonistes et les lieux de manière aussi cinématographique que le nécessite la brièveté des séquences.

Car chaque moment est bref. Chaque scène se fond, fluide, dans la suivante et chaque fois, du noir, surgit, par magie, un nouvel endroit, une nouvelle atmosphère. Un émerveillement constant. Quant à l’interprétation, elle s’avère sans outrance, même dans la caricature. Rien n’est superflu mais tout est nécessaire dans les mots ou les gestes que la distribution, sans exception, affirme avec conviction. Nous sommes dans l’évidence.

Dépoussiérer les clichés

Un miroir de vie

Cependant, la représentation n’est pas simpliste. Elle recèle de nombreuses pistes qui vont au-delà du conte traditionnel. Le rapport des enfants à la mort est très fort. Le poids des incertitudes du langage pèse sur l’existence et culpabilise. Ainsi de la promesse faite par Cendrillon qui a mal compris les dernières paroles de sa génitrice ; ou du prince qui se laisse berner par les mensonges de son père se refusant à lui expliquer qu’il est orphelin.

Car les paroles sont porteuses de communication et celui qui les reçoit les déforme inévitablement. D’où les malentendus qui, comme pour Sandra et l’héritier du trône, ont parfois une influence prégnante sur le comportement. De même, les mots sont porteurs de rêves et d’imaginaire. Les prendre pour réalité met en déséquilibre par rapport au réel.

C’est le cas pour la jeune fille autant que pour sa belle-mère, ses pimbêches de sœurs et même pour son paternel. Pour la voix off de la narratrice, ils se sont dissociés de son corps et, pour son porte-parole (si on peut dire), ils se traduisent en un langage gestuel codé dont on ne possède pas la clé.

Il y aurait encore bien à dire sur le contenu riche de cette représentation. Entre autres sur ses jeux de miroir, de reflets, de dédoublement des êtres, les vitres en tant que transparence mais aussi obstacles entre ceux qui se trouvent de chaque côté. Puis aussi à propos de la fin qui montre que si les amours durent rarement longtemps, les liens affectifs sont susceptibles de se perpétuer. Qui montre, en un mouvement visuel presque vertigineux, que vivre est parcourir sans cesse un chemin jusqu’à la fin.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 11/10/2011 au 29/10/2011 à 20h15 me 19h30 sa 14h 20h15 di 15h Théâtre National Boulevard Emile Jacqmain B-1000 Bruxelles, Bruxelles Téléphone : 022034155. Site du théâtre Réserver   Paris Du 05/11/2011 au 25/12/2011 à horaires variables Odéon Place de l'Odéon, 75006 Paris Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre Réserver   Tournai - Belgique Du 08/02/2012 au 10/02/2012 à me 20h je ve 13h30 Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver   Namur - Belgique Du 01/03/2012 au 04/03/2012 à je 20h30 di 16h Théâtre de Namur 2, rue du Théâtre Téléphone : 081 226 026 ou 070 22 88 88. Site du théâtre Réserver   La Rochelle Du 04/04/2012 au 06/04/2012 à ma-je 14h15 me 19h30 ve 14h15 20h30 La Coursive 4 rue Saint Jean du Pérot 17000 La Rochelle Cedex 1 France Téléphone : 05 46 51 54 02. Site du théâtre Réserver   Charleroi - Belgique Du 17/03/2012 au 18/03/2012 à sa 20h di 16h Palais des Beaux-Arts Place du Manège 1 - 6000 Charleroi Téléphone : 071 31 44 20. Site du théâtre Réserver   Sainte-Maxime Du 13/04/2012 au 14/04/2012 à 14h30 20h30 Carré Léon Gaumont 107 Route du Plan-De-La-Tour Téléphone : 04 94 56 77 77. Site du théâtre Réserver   Genève - Suisse Du 25/04/2012 au 26/04/2012 à 19h Théâtre Forum Meyrin Place des Cinq-Continents 1 Téléphone : +41 (0)22 989 34 34. Site du théâtre Réserver  

Cendrillon

de Joël Pommerat

Tout public dès 8 ans Théâtre
Mise en scène : Joël Pommerat
 
Avec : Noémie Carcaud, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Deborah Rouach, Alfredo Cañavate, Marcella Carrara.(Voix du narrateur)  

Texte : Joël Pommerat 

Scénographie et lumière : Eric Soyer

Costumes : Isabelle Deffin 

Son : François Leymarie

Vidéo : Renaud Rubiano

Musique originale : Antonin Leymarie

Assistant : Pierre-Yves Le Borgne 

Stagiaire : Florence Guillaume

Durée : 2h Photo : © Cici Olsson  

Dossier pédagogique : http://surlesroutes.tncwb.be/images/stories/cendrillon/dossier_pedagogique/dossier%20peda%20cendrillon27-09.pdf