Pinocchio le Bruissant
Publié le 13 octobre 2011
Le conte de Collodi transposé par Savitzkaya et Varrasso devient une fable pour adultes.

Sur un fond qui rappelle vaguement une toile abstraite du style action painting, apparaît, bravant la pénombre, une femme serrant un poupon. Elle va, vient, reva et revient. Elle est l’image du désir d’enfanter, d’avoir une descendance. Préfiguration du menuisier Geppetto se façonnant un pantin pour se donner l’illusion d’être père.

L’histoire est connue. Elle devient, sous les mots de Savitzkaya et dans la mise en scène de  Varrasso, une fable s’interrogeant à propos de la création, du rapport de l’être à la nature, de l’évolution d’un individu face au monde et face à sa liberté de créature avide de tout. Pinocchio va suivre un parcours initiatique. Chaque rencontre, chaque événement est un éveil de curiosité, puis une confrontation avec une blessure ou un échec, ensuite une adaptation permettant d’aller plus loin.

Sorti de la tourmente des épreuves, il exprime sa volonté de « devenir celui que je suis déjà ». Seulement, dans une situation de manipulé, est-il possible de trouver sa personnalité ou de l’assumer ?

Un conte naturiste et philosophique

Profusion d'idées

Les intentions sont relativement peu explicitées sur scène par les deux responsables du spectacle. L’auteur accumule les mots, reste le brillant écrivain amoureux de style rebelle à la tradition et apte à une langue éclatante. Le metteur en scène tente, paradoxalement, de concrétiser en accumulant les symboles. D’où le hic de quelque confusion parmi les multiples pistes offertes à l’esprit : mythologiques, psychologiques, psychanalytiques, pédagogiques.

Le décor en sa verticalité se découvre comme une sorte de panorama entre tags et art brut. Il ménage des ouvertures surprises à la façon de ces calendriers de l’Avent des catholiques d'autrefois. Il permet des apparitions comme celle du grillon-conscience, de la fée… ou la venue et le retrait d’éléments scéniques. Et, du coup, montre ses limites car le procédé se répète systématiquement.

Une voix off, au cours d’un assez long prologue, raconte une genèse. Ensuite déferleront les phrases données à dire aux acteurs. Elles sont drues, envahissantes. Au détriment parfois de l’action. De plus, Varrasso les fait dire souvent en surjeu, criard, nasillard, outrancier comme s’il fallait être uniquement dans le clownesque, le burlesque, le guignolesque.

La troupe se donne au mieux. Damien Trapletti est un Pinocchio naturiste, remuant, gesticulant, portant une bonne part de la représentation. Saskia Brichart, inégale en ses multiples changements d’identités et de costumes, cherche et quelquefois trouve les tons justes, s’avère une chanteuse dynamique. Le Gepetto de Jean-Michel Balthazar impressionne tout en manquant de nuances.

Chacun meuble l’espace sous les éclairages changeants de Xavier Lauwers, tandis que l’univers sonore de Vincent Crahay utilise les bruits d’éléments naturels pour recréer les liens qui unissent le vivant à son environnement. L'ensemble demeure néanmoins entaché de lourdeur.

Michel VOITURIER, Bruxelles

le 28 avril 2012 à 0:23
De : Cornelis Brigitte Titre : Pinocchio (au Varia le 28.4.2012) en lisant le commentaire ci dessus, il me semble venir de quelqu'un qui n'a pas l'intention de couper ses fils. Je suis revenue une seconde fois voir le spectacle et je reste ravie de la façon dont l'histoire a été conçue, présentée et de tout coeur Bravo en premier,à Damien Trapletti, à tous les acteurs et l'équipe entière.
Mons - Belgique Du 04/10/2011 au 07/09/2011 à 20h Le Manège 1 rue des Passages Téléphone : 32 (0) 65 39 59 39 . Site du théâtre Réserver   Bruxelles - Belgique Du 17/04/2012 au 28/04/2012 à 20h30 me 19h30 Varia 78, rue du Sceptre, 1050 Bruxelles Téléphone : 02/6408258. Site du théâtre Réserver   Namur - Belgique Du 02/05/2012 au 06/05/2012 à 20h30 di 16h Théâtre de Namur 2, rue du Théâtre Téléphone : 081 226 026 ou 070 22 88 88. Site du théâtre Réserver  

Pinocchio le Bruissant

de Eugène Savitzkaya , Pietro Varrasso

Théâtre
Mise en scène : Pietro Varrasso
 
Avec : Jean-Michel Balthazar, Saskia Brichart, Vincent Cahay, Simon Drahonnet, Eugène Egle Corlin, Anabel Lopez, Damien Trapletti

Assistanat mise en scène  : Sara Puma

Scénographie : Olivier Wiame

Lumières : Xavier Lauwers

Costumes, masques : Natacha Belova

Musique, univers sonore : Vincent Cahay, Frédéric Meert

Répétition chants : Brigitte Romano

Effets spéciaux  : Paco Argüelles

Durée : 2h15 Photo : © Lou Hérion  

Création : Compagnie « Projet Daena »

Coproduction : Théâtre de la Place  (Liège), Centre Culturel Régional (Namur), Théâtre Varia (Bruxelles), le manège.mons/ Centre Dramatique, 

Soutien : Ministère de la Culture de la Communauté française - Service Théâtre