Critique - Théâtre - Mons
Pinocchio le Bruissant
Un conte naturiste et philosophique
Par Michel VOITURIER
Sur un fond qui rappelle vaguement une toile abstraite du style action painting, apparaît, bravant la pénombre, une femme serrant un poupon. Elle va, vient, reva et revient. Elle est l’image du désir d’enfanter, d’avoir une descendance. Préfiguration du menuisier Geppetto se façonnant un pantin pour se donner l’illusion d’être père.
L’histoire est connue. Elle devient, sous les mots de Savitzkaya et dans la mise en scène de Varrasso, une fable s’interrogeant à propos de la création, du rapport de l’être à la nature, de l’évolution d’un individu face au monde et face à sa liberté de créature avide de tout. Pinocchio va suivre un parcours initiatique. Chaque rencontre, chaque événement est un éveil de curiosité, puis une confrontation avec une blessure ou un échec, ensuite une adaptation permettant d’aller plus loin.
Sorti de la tourmente des épreuves, il exprime sa volonté de « devenir celui que je suis déjà ». Seulement, dans une situation de manipulé, est-il possible de trouver sa personnalité ou de l’assumer ?
Profusion d'idées
Les intentions sont relativement peu explicitées sur scène par les deux responsables du spectacle. L’auteur accumule les mots, reste le brillant écrivain amoureux de style rebelle à la tradition et apte à une langue éclatante. Le metteur en scène tente, paradoxalement, de concrétiser en accumulant les symboles. D’où le hic de quelque confusion parmi les multiples pistes offertes à l’esprit : mythologiques, psychologiques, psychanalytiques, pédagogiques.
Le décor en sa verticalité se découvre comme une sorte de panorama entre tags et art brut. Il ménage des ouvertures surprises à la façon de ces calendriers de l’Avent des catholiques d'autrefois. Il permet des apparitions comme celle du grillon-conscience, de la fée… ou la venue et le retrait d’éléments scéniques. Et, du coup, montre ses limites car le procédé se répète systématiquement.
Une voix off, au cours d’un assez long prologue, raconte une genèse. Ensuite déferleront les phrases données à dire aux acteurs. Elles sont drues, envahissantes. Au détriment parfois de l’action. De plus, Varrasso les fait dire souvent en surjeu, criard, nasillard, outrancier comme s’il fallait être uniquement dans le clownesque, le burlesque, le guignolesque.
La troupe se donne au mieux. Damien Trapletti est un Pinocchio naturiste, remuant, gesticulant, portant une bonne part de la représentation. Saskia Brichart, inégale en ses multiples changements d’identités et de costumes, cherche et quelquefois trouve les tons justes, s’avère une chanteuse dynamique. Le Gepetto de Jean-Michel Balthazar impressionne tout en manquant de nuances.
Chacun meuble l’espace sous les éclairages changeants de Xavier Lauwers, tandis que l’univers sonore de Vincent Crahay utilise les bruits d’éléments naturels pour recréer les liens qui unissent le vivant à son environnement. L'ensemble demeure néanmoins entaché de lourdeur.
Michel VOITURIER, Bruxelles













