Son décor sur roulettes, d'une facture très proche du constructivisme des années 1920/30, est là pour bouger, glisser, se transformer en quelques secondes. Ici un bureau, une place dans une ville (Vérone, bien sûr)... Là un palais, une terrasse, une rue. Bref tout doit changer ou disparaître à toute vitesse. C'est bien du Pierre-André Weitz. Il signe décor et costumes où le noir domine.
Sur la scène de l'Odéon, ce « Roméo et Juliette » donne parfois le tournis. Mais c'est bien vu de la part du metteur en scène Olivier Py. Il y a urgence, en effet. A cause des coups de foudre, des coups de poignard, des coups fourrés et autres erreurs ou quiproquos, sources de la tragédie annoncée.
Olivier Py reprend l'urgence de notre temps. Il brosse des portraits de jeunes gens et jeunes filles de « bonnes » familles qui aiment la fête, s'enivrent, dansent, provoquent, n'hésitent pas à être salaces, même vulgaires quand l'un insiste sur le nom « Shake-s-pear » (secoue moi la poire) ou « Shake-spear » (agite moi le pieu) ! Jeunesse dorée, donc. Pas mal appuyé parfois. Mais une jeunesse qui aime les transgressions, jouer avec les interdits. Car nous ne sommes pas n'importe où dans cette cité de Vérone qui se déchire entre les Montaigu (Roméo, Benvolio, notamment) et les Capulet (Juliette, Tybalt ...).

Noir et blanc en couleur
Au delà de l'histoire qu'il n'est pas nécessaire de rappeler si ce n'est que chacun des deux héros est déjà plus ou moins « engagé », dès le début de la pièce, vers un mariage théorique (Roméo avec Rosaline, une.... Capulet ! Juliette avec Paris, prétendant déclaré qui provoque l'organisation d'une grande fête chez les Capulet !!), le jeu plein de fougue des comédiens fait mouche.
La toute jeune Camille Cobbi (Juliette), magnifique dans sa robe toute blanche, montre une assurance exemplaire, et dans le jeu et dans la voix. La fougue de Mathieu Dessertine (Roméo) est parfaitement convaincante. Et plutôt que de citer toute la troupe, qui est plutôt en noir, donnons un coup de chapeau à Mireille Herbstmeyer, grande classe en Nourrice, à Philippe Girard, impeccable Frère Laurent. Et aussi au pianiste Jérôme Quéron qui n'arrête pas de se déplacer sur le plateau de scène.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris













