Critique - Jeune Public - Huy
Je suis libre, hurle le ver luisant
Le mouvement comme écritures
Par Michel VOITURIER
Les tableaux d’Alechinsky sont bâtis sur le mouvement. C’est donc une idée excellente que de les confronter à la danse et à ce qui est à la mode chez les jeunes : breakdance, beatbox, slam… Les peintures brassent des personnages fabuleux, mêlent des formes allusives, traduisent une écriture visuelle, meublent l’espace avec des cases façon B.D. Leurs coloris chantent tout comme les traits rythment.
Comme dans un spectacle de variétés, Frère aligne à la suite les uns des autres une succession de numéros à tendances virtuoses. Les danses sont d’abord acrobatiques avant d’être expressives. Elles sont à l’image des milieux urbains qui les ont vues naître : violentes, agressives, provocatrices, avec des connotations de défis à dépasser. Les jongleries à bâtons et au diabolo réclament une habileté gestuelle pure.
Le beatbox présuppose un sens aigu du tempo, une capacité vocale de bruiteur, une volubilité orale intarissable. Quant au slam, il mise sur la récupération de la tradition de la rime et, contrairement au rap agitateur, a volontiers un contenu moralisateur.
Effets visuels et rythmes survoltés
La vidéo anime l’écran d’où surgissent les interprètes. Leurs arrivées perdent un peu de leur systématique grâce à des entrées assez différentes et les lamelles qui constituent la surface de projection permettent de moduler des formes géométriques, des appariations partielles. Les tableaux d’Alechinsky prennent par moments des allures de dessins animés. Notamment ses célèbres prédelles qui deviennent des éléments rythmiques.
Plastiquement parlant, l’ensemble se révèle intéressant et cohérent. Mais cette représentation, en dehors de la découverte d’un artiste majeur de l’art actuel, apporte-t-elle davantage qu’un spectacle de musique et de chansons programmé par un tourneur de vedettes ou une radio commerciale en quête d’un succès populaire garanti ?
Michel VOITURIER, Huy










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