Prométhée poème électrique
Karine PROST Avignon
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Publié le 26 juillet 2011
Tel Prométhée offrant le feu aux hommes, Chaffin transperce les obscurités contemporaines pour redonner de la lumière à notre temps. Une fresque poétique dont la beauté n'a d'égale que la puissance. Mise en vie et musique avec sobriété. Généreux et percutant...

Des abîmes obscures ne monte que le son d'une guitare. Léger, rythmé, répétitif. Puis de l'ombre surgit une lumière. Vaillante bien que vacillante. Une lumière qui monte, enrobe, habille les ténèbres. Dessine des volutes mouvantes et sculpte des reliefs. Et la lumière se fait musique, se fait mots, se fait parole. Dans une dychotomie savamment orchestrée mettant en relation hommes et dieux, ombres et lumières, texte et musique, espérance et désillusions.

Voilà bien là un spectacle hors norme. Hors des sentiers battus de spectacles balisés, il nous ouvre un espace de création où poésie, musique, projections, philosophie, théâtre et technologie s'assemblent au service d'un message. Un (r)appel à l'humanité, au partage, à la solidarité. A la connaissance réfléchie, à la nuance fondamentale entre savoir et pouvoir. Et d'un "Tic Tac" qui nous conte avec humour la routine d'un quotiden vide de sens au son d'un tiroir caisse nous rappelant tout ce que l'on pourrait faire "avec le pognon que l'on n'a pas", François Chaffin (comédien) et Benjamin Coursier (guitares) distillent une à une des milliers de gouttes de lumières comme autant de balises donnant un sens à la vie.

Que la lumière soit !

Ne pas y voir que du feu...

Derrière une mise en scène minimaliste qui donne la part belle à la scénographie, le texte de Chaffin prend toute son ampleur. Les mots se heurtent, se suivent, s'enroulent, se murmurent, se chantent et se crient. Dans cette écriture à la fois simple et sublime qui est celle de Chaffin et qu'il est urgent de découvrir. Tant pour son fond que pour sa forme. Une écriture qui semble redonner sens aux mots. Avec, parfois, une fausse naïveté. Des double sens grandioses par leur simplicité évidente. Et à laquelle l'esthétique abrupte du spectacle offre une tribune de choix.

A n'en pas douter, ce Prométhée moderne est une réussite. L'apparente sobriété du spectacle cachant des petits trésors de précision, d'ingéniosité, de finesse de jeu et de mise en espace. Le tout au service d'un message à la fois intelligent et intelligible. Aux antipodes d'une intelligence à court terme (celle du marché...), on nous propose des perspectives de lendemains éclairés. Sans "prêt à penser" ni "prêt à rêver". Des lendemains à construire sur des espérances en devenir. Belle utopie.

Avignon - Festival Off 2011 Du 08/07/2011 au 31/07/2011 à 16h40 Le Girasole 24 B, rue Guillaume Puy Téléphone : 04.90.82.74.42. Site du théâtre  

Prométhée poème électrique

de François Chaffin

Théâtre poétique et musical Théâtre  
Avec : François Chaffin, Benjamin Coursier

Esthétique sonore : Denis Malard

Regard et mouvement : Céline Liger

Images projetées : Julien Defaye

Durée : 1h10 Photo : © Ernesto Timor