Festival IN - Spectacle musical - Avignon In
Life and Times 2
Performance et performatif
Par Michel VOITURIER
L’expérience était risquée. S’emparer d’un discours brut en conservant par conséquent sa composante phatique est évidemment intéressante pour une étude linguistique des éléments de communication qui ne sont pas liés au vocabulaire et donc au sens des mots. En effet, les innombrables scories de la parole que sont les tics de langage, les coupures dues au rythme du souffle, les balbutiements, les hésitations… n’ont pas été effacés.
Cela donne à la narration un aspect non pas racoleur mais plutôt d’acharnement à prolonger la parole, à s’inquiéter obsessionnellement de l’écoute des récepteurs que sont les spectateurs, à s’efforcer de ramener sans cesse l’attention vers le locuteur. Précisément, c’est cela qui place au second plan les événements ordinaires de la vie d’une petite fille de sa naissance à son adolescence.
Les anecdotes sont celles que tout le monde a vécues : joies, chagrins, jeux, rivalités, échecs, jalousies, amitié, éveil sexuel, apprentissage de la vie… Chacun y retrouve forcément une part de soi-même, revit des moments de mémoire. Sauf que cela est débité en anglais, surtitré en français et que, pour qui ignore la langue de Shakespeare, lire, comprendre et regarder ce qui se passe sur scène tient de la performance olympique sans entraînement préalable.
Surtout que la première partie de ce spectacle dure 3h30 et la seconde 2h. L'objectif ultime étant de jouer bientôt la totalité des confidences de Kristin Worrall, une des participantes de la troupe, soit 16 heures de spectacle potentiel !
Car son discours, retranscrit d’un enregistrement audio, est mis en musique et chorégraphié. Avec un plaisant côté parodique qui s’apparente à certaines comédies musicales étas-uniennes. Manifestement les membres du Nature Theater of Oklahoma prennent plaisir à bouger, à s’égayer de leurs connivences et à chanter.
Le groupe alterne solos, duos, trios, ensembles pour former des figures mouvantes dans l’espace et des sonorités aux rythmes variés. Il y a là une inventivité constante à partir de la proposition minimaliste d'un plateau dépouillé.
Mais voilà, malgré les trouvailles, en dépit de la générosité des interprètes, il est impossible d’éviter une monotonie certaine, des redites comme dans les paroles prononcées. Reste le portrait de la gamine à travers lequel se lit un portrait de jeunesse relativement conventionnelle, dans une classe sociale sans drame existentiel, dans une société banale et représentative d’une citoyenneté moyenne.
Michel VOITURIER, Avignon










sur DailyMotion


