Au moins j’aurai laissé un beau cadavre
Publié le 16 juillet 2011
Revoir le personnage de Hamlet, lui donner une personnalité en connexion avec l’urgence de la parole et la violence de la société actuelle, tel était le projet de Macaigne.

Dès le prologue, il était clair que tout se passerait dans l’artifice. En effet, le public se voyait accueilli par un chauffeur de salle, façon très télé, qui faisait monter sur scène des gens afin de les manipuler de sorte qu’ils aient l’air de s’amuser et de montrer leur bonheur d’être là. Le reste de la réalisation allait être à la hauteur de cette première mini-provocation.

Macaigne a décidé d’accumuler un maximum de pratiques supposées choquer les spectateurs. Son anthologie des poncifs du genre est remarquable. Du théâtre de la cruauté d’Artaud  jusqu’aux utilisations du sang par Jan Fabre et aux excentricités des performeurs en passant par le Living Theater, tout ce qui a été mis sur scène afin de susciter des réactions furieuses se retrouve ici. Cet aspect catalogue constituant sans doute la seule nouveauté de ce théâtre-là.

Qu’on en juge ! D’abord, les voix vociférantes, les accumulations innombrables de « merde », « ta gueule » et autres grossièretés langagières si familières qui ne font plus guère frémir les oreilles. Ensuite le comique de répétition emprunté au burlesque des films muets : en guise de tarte à la crème, le bain de boue dans la fosse du cimetière où quasi tous les personnages vont patauger au moins une fois, ce qui est sensé provoquer l’hilarité au-delà des trois premiers rangs éclaboussés.

Ajoutons-y les déshabillages successifs, les entrées et sorties nudistes, les coïts plus ou moins interrompus tant dans la gadoue qu’ailleurs.  Plus des traversées de gradins au galop, de haut en bas et de bas en haut, avec çà et là passages dans les rangs du public. Plus le grand foutoir d’objets jetés, cassés, malmenés sur le plateau peu à peu transformé en dépotoir municipal même pas clandestin.

Mais le fin du fin, c’est la surenchère de la consommation d’hémoglobine. Chacun, ou presque, se verse au moins une fois quelques décilitres de sang sur le corps ou le costume. Et la grande scène du massacre voit un casier entier de bouteilles déversées, lancées, explosées sous un rythme crescendo de hurlements de fureur. Bref, il y en aurait bien d’autres à rajouter, notamment sur l’usage du grotesque.

Surtout un fabuleux bordel

Bien du bruit pour peu

Que reste-t-il de ce bruit et de cette fureur ? Une prestation de comédiens engagés à fond dans leur interprétation. Deux ou trois monologues au texte fort prenant soudain un sens aigu au cours d’un silence plutôt rare. Quelques répliques faisant mouche comme celle de ce cabot retrouvant la Mlle Julie de Strinberg sous forme de squelette. Bien peu pour un spectacle si interminablement long.

Si le jeune théâtre français réputé vouloir apporter un sang (!) neuf à un art qui n’a jamais cessé de se renouveler consiste en un foutoir scénique à la manière du « Raclette » des Chiens de Navarre, de l’« Oncle Gourdin » de la Cie du Zerep et de ce cadavre-ci, où donc est la nouveauté, la novation, la révolution, la résurrection ? Il est vrai qu’une enseigne lumineuse au sommet du décor affirmait : « Il n’y aura pas de miracle ici ». Nous étions prévenus.

Michel VOITURIER, Avignon

le 22 novembre 2011 à 22:38
De : anonym Titre : théatre à Vincent Macaigne le théatre de Vincent Macaigne c'est la solidarité humaine,c'est l'éthique* Vincent et ses comédiens NOUS démontrent ce dont nous sommes "le sanguinaire,le sale, les crachats, nos actes inhumains qui nous débordent et ce malgrè: nous nous estimons civilisés,avancés ...ils nous rappellent à " vous bien regarder ce dont vous êtes capables de faire de vos enfants ...! voyez-les souffrances qui dépassent aux bords de vos trottoirs devant vos yeux et vous tourner la tête à ne pas voir.
Avignon - Festival In 2011 Du 09/07/2011 au 19/07/2011 à 21h30 Cloître des Carmes Place des Carmes 84000 Avignon Site du théâtre Réserver   Paris Du 02/11/2011 au 09/11/2011 à 19h30 dim 14h30 Théâtre National de Chaillot 1 Place du Trocadéro 75116 Téléphone : 01 53 65 30 00. Site du théâtre Réserver   Grenoble Du 16/11/2011 au 25/11/2011 à 19h30 MC2 4, Rue Paul Claudel, Grenoble Téléphone : 04 76 00 79 00. Site du théâtre Réserver   Mulhouse Du 05/01/2012 au 06/01/2012 à 19h La Filature 20 allée Nathan Katz. 68090 Mulhouse Cedex Téléphone : 03 89 36 28 28. Site du théâtre Réserver   Douai Du 11/01/2012 au 12/01/2012 à 19h L'Hippodrome Place du Berlet 59500 Douai Téléphone : 03 27 99 66 66. Site du théâtre Réserver   Orléans Du 18/01/2012 au 20/01/2012 à me 20h je 19h Centre Dramatique National Bd Pierre Ségelle 45000 Orléans Téléphone : 02.38.81.01.00. Réserver   Luxembourg - Luxembourg Le 08/02/2012 à 20h Grand Théâtre de la Ville 1 rond-point Schuman, L-2525 Luxembourg Téléphone : +352 47 96 39 00. Site du théâtre Réserver   Valenciennes Du 14/02/2012 au 15/02/2012 à 19h Le Phénix BP 39-F-5931 Valenciennes Cedex Téléphone : 03 27 32 32 32. Site du théâtre Réserver  

Au moins j’aurai laissé un beau cadavre

de Vincent Macaigne

Théâtre
Mise en scène : Vincent Macaigne
 
Avec : Samuel Achache, Laure Calamy, Jean-Charles Clichet, Julie Lesgages, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Pascal Rénéric, Sylvain Sounier

Adaptation, conception visuelle et scénographique : Vincent Macaigne

Scénographie : Benjamin Hautin, Vincent Macaigne, Julien Peissel

Accessoires : Lucie Basclet

Lumière : Kelig Le Bars

Concepteur son : Loïc Le Roux

Assistanat : Marie Ben Bachir

Durée : 3h30 Photo : © Christophe Raynaud De Lage  

Production : Festival d'Avignon

Coproduction : Théâtre national de Chaillot (Paris), MC2: (Grenoble), Centre dramatique national (Orléans/Loiret/Centre), Les Théâtres de la Ville (Luxembourg), La Filature (Mulhouse), le phénix (Valenciennes), Compagnie Friche 22.66, L'Hippodrome (Douai)

Dossier pédagogique : http://www.crdp-aix-marseille.fr/spip.php?article916