Hommage à Philippe Avron
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 28 juin 2011
Philippe Avron est retourné définitivement en coulisses l'an passé. Le texte de son dernier spectacle, joué en 2010 durant le festival d'Avignon, vient d'être publié. L'occasion de retrouver l'homme, l'auteur et le comédien.

Philippe Avron (1928-2010) a marqué ceux qui l'ont rencontré sur scène comme dans la vie. En relisant "Montaigne, Shakespeare, mon père et moi", on le retrouve tel qu'il fut. Celui qui, comme il l'écrit à propos de Jean Ferrat, "avait le don des autres".

Il a été un brasseur d'histoires. Et ce dans les deux acceptions du mot : celui qui mélange des ingrédients divers et celui qui les fait fermenter pour obtenir un breuvage dont les subtilités ravissent le palais des connaisseurs. Le nom palais amenant, à son tour, un double sens : gustatif d'une part, papal d'autre part puisque le comédien joua plusieurs fois dans la Cour d'Honneur lors du festival.

Il y a de l'autobiographique dans ce monologue à plusieurs voix dont Avron interprétait tous les personnages et qui renferme des allusions à ses précédents seul-en-scène. Il nous livre une parcelle de son parcours initiatique. Le souvenir du père rejoint celui du professeur de philosophie, associé à la découverte de Montaigne.

Hommage à Philippe Avron

Le théâtre, ce sera Shakespeare, connecté de manière inattendue et un peu incongrue au slam de Grand Corps Malade, dans la mesure où leurs qualités littéraires et intellectuelles ne sont guère comparables. Alors notre Philippe, outre des allusions à Michel Foucault ou au poète québecois Gaston Miron, démontre avec brio la différence entre un événement qui « change la forme d’une chose déjà existante » et un coup de théâtre qui provoque un bouleversement total.

Agissant comme Montaigne qui « passe de l’espace de la phrase au temps de la Pensée », Avron rappelle l’actualité du vieux maître décrivant déjà au XVIe siècle ce qu’était devenu le monde : un lieu « où on ne peut même plus imaginer la vertu, où les seules valeurs sont le profit et l’ambition, où le visage des hommes se cache sous le masque de leur fonction, où se parjurer n’est pas un vice ».

Il nous donne une leçon de philosophie. Tout en ne craignant pas de donner quelques coups de griffes ici et là. Sur la condition humaine, sur l’enseignement, sur la manie de vouloir réduire à la mode certaines formes de connaissance, sur le tourisme qui méconnaît les valeurs culturelles trop peu spectaculaires. Pour finir par une affirmation essentielle à propos de la liberté que donne le fait de rester soi-même.

à propos...
"Montaigne, Shakespeare, mon père et moi"

Carnières, Lansman, 2011, 42 p, coll. Théâtre à Vif (10 €)

  Photo : © Jean-Gabriel Carasso

Journée d'hommage: Le 19 juillet à Avignon par l'association des amis de Philippe Avron, le Festival d'Avignon, le cinéma Utopia 10h30), la Maison Jean Vilar (17h),  le musée Calvet (20h et 22h), France Culture, la Sacd, les Ceméa/Centres de jeunes et de séjour, le théâtre des Halles etc.

Au programme: un film portrait de Jean-Gabriel Carasso et Jac Chambrier, la lecture de textes et de témoignages, la diffusion de l'enregistrement de «Montaigne, Shakespeare, mon père et moi», la projections de photos et d'archives.