Critique - Spectacle musical - Tourcoing
Fous dans la forêt
Balade sylvestre dans des ballades shakespeariennes
Par Michel VOITURIER
Sombre est la forêt. Atemporelle aussi. Évoquée notamment par des bâches en suspension, elle est celle des drames et des comédies de Shakespeare autant que celle des campeurs actuels avec leur réchaud au butane et leur appareil photo. Elle est issue d’une réplique empruntée à « Comme il vous plaira » et s’avère davantage rêvée que réelle.
Les fous chez le grand William, ce sont ceux qui disposent de la sagesse car ils ne pensent ni ne parlent comme tout un chacun. La folie du sage, pourrait-on dire, est la sagesse du fou. Olivia (Cécile Garcia Fogel), de "La Nuit des Rois", se balade avec son bouffon (Thierry Peala). Ils se souviennent en français du texte de la pièce et chantent en anglais des poèmes du dramaturge.
Ils arpentent une sorte d’exil aussi bien dans l’espace que dans le temps. Un troisième comparse (Pierrick Hardy) les accompagne physiquement et musicalement de sa guitare, de sa clarinette et de ses morceaux créés en osmose avec ceux du compositeur élisabéthain John Dowland au point qu’on se demande ce que le moderne apporte à l’ancien.
Il est d’abord question ici d’atmosphère, de climat proposé au public. Celui-ci est invité au sein d’un endroit onirique, imprégné d’une pénombre propice au mystère. Il est incité à se laisser bercer par des voix et des musiques qui sont à la fois mélancoliques et plaisantes.
Les sonnets de Shakespeare parlent d’amour et mort, de déréliction et de passion. Ils ont la beauté de leur langue originelle en accord avec les mélodies. Ce sont les sonorités qui sont mises en valeur car, si quelques astuces de mise en scène proposent une traduction sans recourir au surtitrage, le reste ne demeure accessible qu’à ceux qui pratiquent couramment l’anglais.
L’ensemble possède le charme de ce qui émane du poétique. Il porte en lui sa propre rêverie que les voix nourrissent avec sensibilité. Sachant, ainsi le prétend Shakespeare, que « le monde est un théâtre », il se laisse regarder comme on admire un bijou qu’on ne peut s’offrir, comme un charme qui n’opère pas totalement puisqu’il laisse le spectateur en position d’accueil plus que de partage.
Michel VOITURIER, Lille










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