Critique - Théâtre - Mouscron
Made in China
Tragicomédie dans l'enfer des délocalisations
Par Julie GALLASSE
À travers l'histoire de ces trois cadres qui, sous l'emprise abusive et totalitaire de la D(irectrice des) R(elations) H(umaines), vont perdre en quelques jours leur intégrité et leur humanité, Made in China relate l'impact néfaste de la mondialisation sur la vie professionnelle mais aussi personnelle.
Thierry Debroux nous parle d'une société où l'être humain n'existe plus qu'à travers son travail, sa disponibilité à tout moment, son efficacité sans faille. Il se doit d'être un employé que l'on peut sonder sous toutes les coutures, que l'on flatte faussement ou que l'on humilie afin de voir à quel point il répond aux critères d'une entreprise.
À l'intérieur de ce microcosme de la macroéconomie, on assiste aux abus de pouvoir, au mensonge, à l'hypocrisie, à la soumission au plus fort dans l'espoir de grignoter les miettes. On a affaire à des gens qui auraient la potentialité de dire non, de se révolter ensemble et peut-être de gagner.
Bien qu'écoeurés par le système qu'on leur impose, ils se laissent gagner par la mise en concurrence, par la volonté de plaire et de dépasser les autres. On entre dans un système de collaboration, de délation et de convoitise qui poussent à accepter l'humiliation, un système de peur qui entraîne les pires bassesses face à la personne qui domine et jouit littéralement de son autorité.
Mise en relations
Les comédiens évoluent dans un univers lisse et aseptisé, avec décors minimalistes, costumes chics et froids. Une façade sans aspérités qui cache sadisme, servitude, déni de l'être humain par ce métier si ironiquement nommé "ressources humaines".
L'acteur est au centre d'une mise en scène où tout se joue à travers les relations et les échanges dont la violence sourde augmente au fur et à mesure. Les quatre employés (cadres et secrétaire) oscillent entre des sentiments contradictoires, tiraillés entre ce qu'ils sont profondément et ce qu'ils veulent paraître pour réussir, accéder à la reconnaissance.
Les interprètes restent au plus près des émotions, avec un abord ultra-professionnel de cadres d'entreprise derrière lequel on sent poindre le malaise, lachant prise parfois, frisant la rébellion à d'autres moments pour, finalement, revenir bien vite dans le rang.
En opposition, la DRH a déjà perdu toute humanité. Sophie Bourdon incarne bien celle qui ne voit les autres qu'au travers du prisme de leurs compétences et qui, sous couvert de les connaître, ne cherche en fait qu'à les tester, allant jusqu'au harcélement pour atteindre son objectif.
Rien de pathos dans le texte ou la mise en scène ; Didier Kerckaert et Thierry Debroux explorent un registre humoristique grinçant et décalé, voire cynique. Traiter d'un sujet grave dans un mode comique permet de faire davantage ressortir l'absurde et l'aberrance de la situation. Ainsi, ce qui paraîtrait drôle de prime abord rend l'histoire encore plus tragique et cruelle à nos yeux.
Julie GALLASSE, Lille











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