Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 30 mars 2011
"Pas d'enfant, pas d'animaux". Il fut l'amant, puis malgré lui l'époux. Il ne voulait pas qu'on "lui fasse un enfant dans le dos", pas plus que se faire "caniniser". Il voulait "une femme, pas une mère"... Un monologue "al dente" !

Ce soliloque d'un type dans un bar commence effectivement... dans un bar mais celui, tout en longueur, du Marni, une perspective qui le fait surgir comme du bout d'un tunnel. Puis peu à peu, dans la pénombre, naviguant entre chaises et tables, le héros à la triste figure parvient jusqu'à nous, s'accoude au comptoir pour finir par s'affaler dans un fauteuil et, nous regardant droit dans les yeux, poursuivre ses ruminations, ses récriminations. Sa femme, l'enfant qu'il a refusé, la société du jeunisme et ses conséquences... Un débordement d'acrimonie.

C'est le récit d'un homme dont nous ne ferons que deviner le parcours de vie. A-t-il été satisfait, au moins de sa vie professionnelle ? Car ce qu'il en livre, tous ces mots, toutes ces réflexions, qui sortent, avec peine parfois, de sa bouche n'ont rien de positif. Il voulait échapper aux contraintes moutonnières d'une société conventionnelle, conformiste, sur ce qu'elle impose à ses membres : fonder un foyer, donner à sa progéniture une bonne éducation, se laisser mener jusqu'au bout, jusqu'au mouroir pour vieux inutiles.

Il a voulu s'y soustraire, il a refusé les attaches quelles qu'elles soient, mais voilà, aujourd'hui, "on" lui rappelle un anniversaire (encore une convention) et il va jouer avec le feu, réellement... après avoir joué à se faire peur avec des rappels détaillés de faits-divers abominables d'une presse complaisante qu'il ne manque pas de vitupérer, comme il dénonce les travers d'une société italienne qui le déçoit.

Règlement de comptes entre lui et lui, un homme calcule, établit le constat d'une vie qui n'a pas de sens, s'est inscrite dans un schéma et des valeurs imposés par cette société dans laquelle il vit et qu'il conteste, passivement, à l'instar d'irresponsables électeurs de fumistes notoires. Il en résulte chez lui une sorte de misanthropie, une solitude profonde, et une sécheresse de coeur - "l'amour, un problème que je n'ai jamais réussi à résoudre" dira-t-il -. Un coup de fil le sortira de sa rêverie, le rappellera à un certain projet, il voudra agir...

Paradoxe : un personnage peu chaleureux, sans aura de sympathie, procure des moments d'une rare intensité...

Pour ce texte violent, l'auteur italien Vitaliano Trevisan a pu bénéficier d'une réalisation hors pair. Depuis la traduction  jusqu'à l'interprétation et la création d'ambiances, tout concourt à mettre en valeur un propos très fort. Pietro Pizzuti, outre une adaptation méticuleuse du texte, lui a trouvé un écrin scénique idéal et, dirigeant le comédien Angélo Bison, un interprète qui l'est tout autant.

Ces deux-là se connaissent et travaillent ensemble depuis longtemps ; ils ont déjà abordé des auteurs italiens qu'ils qualifient de "repenseurs du monde" (on se souvient de "Fabbrica", Prix du "Meilleur seul en scène" en 2005, entre autres). Dans le délicat travail de porter à la scène un texte aussi intime, c'était un atout important. De même les éclairages très recherchés de Léo Clarys et plus loin dans le spectacle, l'apport de "l'artiste gestuelle" Andréa Hannecart dont la présence muette n'est pas à pas passer sous silence pour autant ; pas du tout redondante, elle agit plutôt en contrepoint de cette petite musique de nuit désespérée.

Oscillations (Oscillazioni)
Bruxelles - Belgique Du 23/03/2011 au 01/04/2011 à Du Me au Ve : 20 h Le Marni 25 rue de Vergnies Téléphone : 02 639 09 80. Site du théâtre Réserver  

Oscillations (Oscillazioni)

de Vitaliano Trevisan

Monologue Théâtre
Mise en scène : Pietro Pizzuti
 
Avec : Angelo Bison

Traduction française et adaptation scénique : Pietro Pizzuti

Création lumière et son : Léo Clarys

Avec la participation de : Andréa Hannecart, Nicolas Pirson, Alice Petraud

Durée : 1 h 20 Photo : © Bénédicte Thonon  

Création et production : Théâtre Marni asbl, Bruxelles

Le texte n'est pas encore édité mais ce romancier, nouvelliste et dramaturge (né en 1960 en Vénétie) a vu son roman "Les Quinze mille pas" publié en 2006 chez Verdier et primé; s'y manifestait déjà sa hantise du "compte-rendu" vers soi, et vers les autres...