Le sous-titre en est : "46 détalles y 57 fragmentos de vidas chilenas" car, oui, le spectacle est en espagnol, surtitré en français et ce sont des Chiliens de souche qui sont venus nous raconter l'histoire de leur pays, une "Historia Abierto" ou "Histoire ouverte". Belle ouverture en effet, dans tous les sens.
D'abord du concepteur du projet, Lorent Wanson, ensuite de tous les participants qui ont construit, répété, joué leur spectacle chez eux avant de nous le proposer, tel quel. Bien loin de tout raccolage touristique, c'est du vécu (des témoignages), de l'authentique.
Partant de la même démarche qui fit le succès d'abord de "Rupen /Trous", ensuite, plus proche, de "Africare", l'homme de théâtre belge complet qu'est Lorent Wanson propose cette fois de mettre en avant le Chili, les Chiliens. Comme pour "Africare", il est parti dans le pays pour trois ans d'une immersion accompagnée d'échanges variés, afin d'y poursuivre un même but : un spectacle qui serait "de chair et de pensée", une "recherche absolue de reconnaissance". Il aura été créé là-bas, à Santiago du Chili, en octobre 2010 avant de se faire applaudir à Bruxelles et partir en tournée.
Tous les arts sont conviés. Une vaste peinture murale exécutée en direct sera recouverte d'autres et/ou de projections. Une sorte d'installation en constante évolution rapellera les séïsmes de la nature et des hommes. Des orchestres, des musiciens se succéderont en direct eux aussi comme en virtuel, avec des rythmes et des styles variés; des artistes dramatiques complets, chanteurs/teuses et danseurs/seuses feront de même, parfois a capella (puissamment, sans micro), en solo ou en choeur, un choeur parlé ou chanté...
Bref, le spectateur n'a pas assez de ses yeux et de ses oreilles pour voir et entendre les actions différentes se déroulant simultanément sur le plateau et les écrans. Il y a fort peu de séquences longues de plusieurs minutes : il s'agit plutôt d'un foisement d'images, ces "détails et fragments de vie" comme autant d'éclats d'un immense tableau très vivant et coloré.
Sont annoncés quatre grands "temps": "La Vida Cotidiana" (vie quotidienne), "Los Quiebres" (moments historiques déterminants), "El Silencio" (autocensure, tabous) et "Historia Abierta" qui donne son nom et son impulsion à un spectacle résolument optimiste puisqu'il se termine sur "La Minga", un nouvel élan, un acte solidaire où la communauté signifie qu'elle se met au service d'un des siens et de tous pour toute nécessité vitale.

"Nous sommes de partout et de nulle part, nous sommes de l'avenir et du passé, aussi, mais l'Histoire, c'est maintenant."
Les foulards de la danse joyeuse de la Fête Nationale sont aussi des linceuls ou des voiles de mariée, danse macabre ou évocation des danses perdues, celles des tribus indiennes, les Mapuches en particulier, ces premiers habitants qui défendirent leur territoire, leur patrimoine, envahis-pillés par les Espagnols et qui aujourd'hui tentent de préserver ce qu'il en reste. Les petits métiers seront illustrés par de vrais témoins, qu'ils les pratiquent encore ou non.
Les séquences terribles : révolution, régime sanguinaire avec tortures, brimades, enfermements, destructions, recherches tragiques des morts sans sépulture... alternent avec celles franchement drôles où l'on voit un couple tellement habitué aux secousses sismiques récurrentes qu'il en garde un tremblement perpétuel et panique quand le calme s'installe. Ou ces jeunes mariés lucides, se résignant à quitter leur terre natale devenue infertile ou hostile.
Si différents et si semblables, ces innombrables Pérez, les Dupont et Martin chiliens, amateurs de foot ou non, nous font partager leur quotidien fait de détails, pareil au nôtre si souvent. Il y a du drame mais de la dérision aussi et surtout un rythme époustouflant !
Rien n'est appuyé, chacun des sept acteurs - quatre femmes, trois hommes - peut se métamorphoser en un clin d'oeil en un autre personnage ou participer à une action de groupe, de la même façon que les accessoires ou les parties de vêtement très judicieusement employés. Ils sont, tous, tout simplement fabuleux !
Suzane VANINA, Bruxelles











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